Bergerac vit une élection municipale inédite depuis un quart de siècle
La ville de Bergerac en Dordogne connaît une configuration électorale exceptionnelle pour le premier tour des élections municipales du dimanche 15 mars. Pour la première fois depuis 2001, seuls quatre candidats se présentent aux suffrages des électeurs, marquant un net contraste avec la division qui prévalait en 2020 où six listes s'étaient affrontées.
Une gauche unie face au maire sortant divers droite
Le maire sortant Jonathan Prioleaud, élu en 2020 sous l'étiquette divers droite, doit faire face à une liste de gauche unie menée par le socialiste Fabien Ruet. Cette union, née du Nouveau Front populaire formé pour les législatives de 2024, a rassemblé plus de 350 personnes lors de sa dernière réunion de campagne le mardi 10 mars. Cependant, La France insoumise a quitté cette coalition début décembre sans parvenir à constituer sa propre liste.
Jonathan Prioleaud, quant à lui, a réuni près de 220 personnes pour sa dernière réunion de campagne le jeudi 12 mars. Le premier magistrat sortant met en avant son bilan et ses « promesses tenues » tout en développant des thèmes traditionnellement chers à la gauche comme la solidarité, l'école et la culture.
La présence constante de l'extrême droite et l'arrivée d'un centriste
L'extrême droite, emmenée par le jeune candidat RN Christian Gérard âgé de 25 ans, est présente à Bergerac depuis au moins vingt-cinq ans. Le parti compte deux élus au Conseil municipal depuis 2014 et bénéficie du poids du député Serge Muller, présent sur sa liste. Lors des législatives de 2024, le député RN avait conquis 44% des suffrages à Bergerac.
Une nouveauté significative dans ce scrutin : l'arrivée au centre de Thierry Roux, candidat sans étiquette. Cet ancien élu Modem dans le Puy-de-Dôme s'est allié avec Adib Benfeddoul, un adversaire du maire en 2020 plutôt marqué à droite. Thierry Roux a tenu sa dernière réunion publique devant 65 personnes, dont une vingtaine de ses colistiers, en insistant sur son indépendance politique.
Une tripartition qui reflète le paysage politique national
La configuration électorale à Bergerac reflète parfaitement la tripartition de la vie politique française avec trois blocs distincts : la droite du maire sortant, la gauche unie et l'extrême droite. Cette division pourrait bénéficier au candidat de gauche Fabien Ruet selon certaines analyses.
La tension monte visiblement entre les deux principaux candidats, Fabien Ruet et Jonathan Prioleaud, qui s'invectivent régulièrement par tracts ou polémiques, notamment autour des associations. En 2020, seulement 84 voix les séparaient au premier tour, avec respectivement 24,74% et 25,85% des suffrages.
Les incertitudes du scrutin
Plusieurs inconnues planent sur cette élection. D'abord, le poids du quatrième candidat Thierry Roux qui refuse de choisir un bord politique et mise sur la nouveauté et l'effet dégagisme. Sa qualification pour le second tour perturberait significativement le jeu politique local.
Ensuite, la question cruciale de la participation électorale reste entière. En 2020, l'abstention avait été particulièrement élevée au premier tour avec seulement 38,6% de participation. Nul ne peut prédire aujourd'hui où iront les voix de ces abstentionnistes.
Enfin, la jeunesse du candidat RN Christian Gérard constitue une variable difficile à évaluer, tout comme sa stratégie de campagne qui mise essentiellement sur l'étiquette RN sans organiser de réunions publiques depuis le lancement de sa campagne.
Cette élection municipale à Bergerac s'annonce donc comme un véritable laboratoire politique, concentrant en une seule ville les principales tensions et recompositions qui traversent actuellement la vie politique française.



