37 citoyens européens sans passeport français candidats aux municipales en Charente-Maritime
Dans le cadre du premier tour des élections municipales en Charente-Maritime, un phénomène méconnu attire l'attention : trente-sept ressortissants de l'Union européenne, dépourvus de la nationalité française, figurent parmi les candidats. Ces 23 femmes et 14 hommes représentent exactement 0,3% des 11 919 candidats recensés dans le département, illustrant une participation citoyenne européenne concrète sur le sol français.
Un droit méconnu issu du traité de Maastricht
Depuis l'entrée en vigueur du traité de Maastricht en 1992, les citoyens européens résidant dans un État membre dont ils ne possèdent pas la nationalité bénéficient du droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes. Ainsi, ces 37 Charentais-Maritimes d'adoption peuvent légalement se porter candidates à ces scrutins. Cependant, la Constitution française impose des limites significatives : ils ne peuvent exercer les fonctions de maire ou d'adjoint au maire, ni participer aux élections sénatoriales ou à la désignation des sénateurs.
Portrait d'une délégation européenne diversifiée
La composition de ce groupe de candidats reflète la diversité des nationalités européennes présentes en Charente-Maritime :
- La Belgique domine avec 18 représentants, formant la délégation la plus importante.
- La Roumanie et le Portugal suivent à égalité avec quatre candidats chacun.
- L'Allemagne et les Pays-Bas comptent trois candidats respectivement.
- On retrouve ensuite des porte-drapeaux uniques : un Tchèque, un Espagnol, un Italien, une Luxembourgeoise et une Finlandaise.
Géographiquement, ces candidats se concentrent principalement en Haute-Saintonge (dix candidats) et dans les Vals de Saintonge (neuf candidats). À Périgny, commune la plus peuplée concernée, deux candidats figurent sur les listes : un Espagnol et une Néerlandaise. La situation la plus singulière se trouve à L'Éguille-sur-Seudre, où un véritable match belgo-belge oppose deux candidats de nationalité belge sur les deux listes en présence.
Témoignages d'engagement citoyen
Barbara Wagner, l'Allemande de Burie
À 71 ans, cette commerciale originaire de Hamm, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, occupe la 7e place sur la liste unique de Burie, menée par Marie-Christine Gilardin. Installée depuis onze ans près de Saintes, Barbara Wagner avoue avoir hésité avant d'accepter : « Je suis curieuse, alors j'ai accepté. C'est l'occasion de voir comment ça fonctionne en France. » Elle regrette cependant de ne pouvoir devenir maire ou adjointe : « Dommage, ça pourrait être enrichissant. » Déjà investie dans la vie associative, elle souhaite redynamiser ce village au passé riche, fidèle à l'éducation reçue : « On m'a appris à m'engager pour la société. »
Mark Vandael et Ilse Nuytemans, le couple belge de Soubran
Ce couple d'Anversois, installé depuis 2020 dans ce village de 400 âmes près de Mirambeau où ils ont ouvert des chambres d'hôtes et des gîtes, figure sur la liste de la maire sortante Maud Maingot. Mark Vandael, en 7e position, explique leur motivation : « Le village nous plaît, on a été bien accueillis, bien intégrés. On a accepté de rejoindre la maire car elle s'investit dans le village. » Il hérite cet engagement de son père, actif dans le domaine social et religieux. Ilse Nuytemans occupe la 11e et dernière position. Ils font face à une liste concurrente menée par Marylène Borneman, ancienne première adjointe.
Pedro Barbosa, le Portugais de Sainte-Soulle
Cet entrepreneur de 41 ans, né au Portugal et arrivé en France à l'âge de 12 ans sans parler un mot de français, a rejoint tardivement la liste Sainte-Soulle autrement, conduite par Maëlys Benoist et Alex Salardaine. Après avoir grandi sur l'île de Ré, étudié à La Rochelle, Poitiers et Bordeaux, il a envisagé la naturalisation française mais a été freiné par la lourdeur administrative : « J'ai trouvé ça difficile, alors j'ai mis cette idée de côté. » Il souligne cependant : « Garder ma nationalité ne m'a pas empêché de vivre en France, ça m'a permis de voter localement. » Il envisage de retenter pour pouvoir voter à la présidentielle de 2027. Pour ces élections, il souhaite apporter son expertise sur les questions sociales, notamment concernant les seniors et le maintien à domicile. Il conclut : « Si nos témoignages peuvent servir à d'autres ressortissants européens qui ne savent pas que l'on peut être candidat, alors tant mieux. »
Ces parcours illustrent comment des citoyens européens, bien qu'étrangers au sens administratif français, s'engagent concrètement dans la vie démocratique locale, contribuant ainsi à l'intégration et au dynamisme des communes de Charente-Maritime.



