Le retour du président Zelensky à Paris : un symbole de puissance retrouvée
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est de retour à Paris, affichant une solidité et un sang-froid qui continuent de sidérer. Loin de montrer des signes d'épuisement, il exprime sa satisfaction quant à son rendez-vous avec le président Emmanuel Macron, qualifié avec le temps de son allié le plus constant. Son regard conserve cette flamme ardente et froide allumée le fameux vendredi 25 février 2022, lorsqu'il descendit, tête nue, dans les rues de Kyiv bombardée, entouré de ses ministres et généraux.
Du souvenir humiliant à la revanche stratégique
Notre conversation débute, après les accolades fraternelles, par un immense éclat de rire. « Vous vous souvenez de ce moment, dans le Bureau ovale, où le président Trump m'a dit : 'Vous n'avez pas les cartes' ? », demande-t-il en substance. Un souvenir cuisant, partagé depuis le front de Pokrovsk, où des soldats aguerris de la 117e brigade mécanisée pleuraient devant l'humiliation infligée à leur président.
Pourtant, le branle-bas de combat actuel, déclenché par la guerre en Iran et la pluie de drones sur le Proche-Orient, a tout changé. L'administration américaine réalise soudain que les Ukrainiens, contraints et forcés, sont devenus les champions mondiaux dans l'art de concevoir, lancer et intercepter ces armes nouvelles.
L'expertise ukrainienne, nouvelle monnaie d'échange géopolitique
On se souvient de ces démonstrations à Washington en août, où les experts ukrainiens simulaient une attaque iranienne contre le Qatar, essuyant un refus poli du Pentagone, confiant dans ses systèmes Patriot. Huit mois plus tard, la réalité est implacable : personne ne peut indéfiniment tirer des missiles à un million de dollars contre des drones à dix mille.
Dès lors, c'est l'Ukraine que l'on appelle à l'aide. Zelensky, en bon prince, envoie ses experts évaluer situations et besoins. Certains émirats, jouant au plus fin, commandent du matériel sans réaliser que seuls les logisticiens ukrainiens savent le faire fonctionner. Qu'à cela ne tienne, les équipes de Zelensky sont déjà en route.
Le basculement historique : des phalanges grecques aux drones ukrainiens
« Le propre des cartes est qu'elles finissent toujours par changer de mains », observe-t-il. Ainsi en fut-il avec les phalanges d'hoplites d'Athènes et Sparte triomphant des Perses, avec la poudre à canon rendant obsolètes les châteaux féodaux, ou avec l'arme nucléaire creusant l'écart entre puissances.
Aujourd'hui, c'est le nouvel âge de la guerre imposé par la généralisation des drones, où les Ukrainiens, dos au mur, ont distancé tous les autres. Le basculement s'est opéré en quatre ans :
- Des jeunes génies bricolant leurs premiers drones avec des imprimantes 3D dans des cabanes forestières.
- Les ingénieurs de Trident, près de Kharkiv, passant à une échelle industrielle et ouvrant la voie à des percées technologiques décisives.
- Des ateliers dans la région de Zaporijjia démontant méthodiquement les appareils ennemis pour en extraire les secrets.
- La nouvelle armée des drones, des bunkers aux plaines enneigées, prenant le contrôle de pans entiers du front avec la brigade Khartia ou la poétesse Oksana Rubaniak.
De la supplique à la centralité stratégique
Il y a quatre ans, les Ukrainiens suppliaient qu'on leur vienne en aide, qu'on les aide à « fermer le ciel ». Au mieux, on les considérait comme un rempart contre Poutine, méritant un soutien limité. Aujourd'hui, c'est Zelensky que l'on supplie. Il est au centre du nouveau paradigme stratégique, dessinant un nouveau monde.
C'est dans les plaines d'Ukraine, au cœur d'une nation assiégée mais inventive comme nulle autre, qu'est née la révolution militaire du XXIe siècle. Peu importe que Kyiv intègre ou non l'Otan. Ce qui est vrai aujourd'hui du Proche-Orient peut l'être demain de l'Europe. Dans un singulier retournement de l'Histoire, c'est peut-être à l'armée ukrainienne que nous demanderons un jour de nous protéger.



