La RDC présente Juliana Amato Lumumba pour diriger la Francophonie face au Rwanda
RDC: Juliana Amato Lumumba candidate à la Francophonie

La République démocratique du Congo lance une candidature historique pour la Francophonie

Dans un communiqué officiel rendu public vendredi 27 février, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé sa décision de présenter l'ancienne ministre Juliana Amato Lumumba pour le prestigieux poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette annonce intervient à quelques mois seulement de l'élection prévue en novembre prochain au Cambodge, où les chefs d'État et de gouvernement des pays membres devront choisir le ou la prochaine dirigeante de cette institution majeure.

Une candidature qui s'oppose directement au Rwanda

Cette nomination congolaise s'inscrit dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Kinshasa et Kigali. En effet, l'actuelle secrétaire générale de l'OIF, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, bénéficie du soutien ferme de son pays pour briguer un troisième mandat consécutif à la tête de l'organisation qu'elle dirige depuis 2018. Cette situation crée ainsi une confrontation directe entre les deux nations, dont les relations sont marquées depuis des années par un bras de fer diplomatique intense.

Les tensions entre la RDC et le Rwanda trouvent leur origine dans le conflit persistant qui sévit dans l'est de la République démocratique du Congo, région frontalière du Rwanda. Depuis 2021, l'armée congolaise affronte à nouveau le groupe armé M23, dont les activités sont soutenues, selon Kinshasa, par des troupes rwandaises. Cette rivalité géopolitique complexe influence désormais la course à la direction de la Francophonie, ajoutant une dimension stratégique supplémentaire à cette élection.

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Le poids symbolique de Juliana Amato Lumumba

Juliana Amato Lumumba, âgée de 70 ans, n'est pas une candidate ordinaire. Elle est la fille de Patrice Lumumba, figure emblématique des luttes anticoloniales et héros national de l'indépendance congolaise. Premier chef du gouvernement de la RDC en 1960, Patrice Lumumba fut assassiné quelques mois seulement après sa prise de fonction, laissant derrière lui un héritage politique considérable que sa fille porte aujourd'hui.

L'ancienne ministre a occupé plusieurs portefeuilles gouvernementaux entre 1997 et 2001, notamment celui de la Culture, démontrant ainsi une expérience politique solide au plus haut niveau de l'État congolais. Le gouvernement de la RDC présente sa candidature comme l'expression de « la volonté du pays de contribuer au renouveau et au rayonnement de l'espace francophone ».

Le rôle délicat de la France dans cette élection

L'annonce de cette candidature est intervenue au lendemain d'un entretien à Paris entre le président français Emmanuel Macron et son homologue congolais Félix Tshisekedi. Cette temporalité n'est certainement pas fortuite, car la France joue traditionnellement un rôle influent dans les élections à la tête de l'OIF, dont le siège se trouve précisément dans la capitale française.

En 2018, Paris avait activement soutenu la candidature de Louise Mushikiwabo, contribuant ainsi à son élection sans véritable opposition. Cependant, la position française semble aujourd'hui plus nuancée. Lors d'une visite à Kinshasa début février, la ministre française de la Francophonie, Eléonore Caroit, s'est gardée de prendre position ouvertement, affirmant que la France était « ouverte à l'examen de toutes les candidatures ».

Elle a également rappelé un principe fondamental de l'organisation : « Le poste de secrétaire général de la Francophonie est pourvu à l'issue d'élections qui se font sur des candidatures individuelles et non pas sur des candidatures pays ». Cette déclaration souligne la nature personnelle du mandat, même si les réalités géopolitiques pèsent inévitablement sur le processus électoral.

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Les ambitions congolaises pour l'avenir de la Francophonie

Dans son communiqué officiel, le gouvernement congolais a clairement exprimé sa vision pour l'organisation. Crispin Mbadu, ministre délégué près du ministre des Affaires étrangères, a déclaré que la RDC souhaitait contribuer à une Francophonie « plus moderne, plus inclusive et plus proche des peuples ». Cette formulation suggère une volonté de renouvellement et d'adaptation de l'institution aux défis contemporains.

L'Organisation internationale de la Francophonie, qui regroupe 90 États et gouvernements (53 membres, cinq membres associés et 32 observateurs), représente un espace linguistique et culturel considérable à l'échelle mondiale. Le ou la secrétaire général(e) est désigné(e) pour un mandat de quatre ans par les chefs d'État et de gouvernement réunis en sommet, ce qui confère à cette fonction une dimension éminemment politique.

La candidature de Juliana Amato Lumumba introduit ainsi un élément de compétition inédit dans le processus de sélection, rompant avec la réélection sans opposition de Louise Mushikiwabo en 2022. Cette élection de novembre promet donc d'être particulièrement suivie, tant pour ses implications symboliques que pour ses conséquences géopolitiques dans une région africaine en proie à des tensions persistantes.