À Strasbourg, pour la première fois de son histoire, Monaco prend officiellement la présidence du Comité des ministres du Conseil de l'Europe. Jusqu'en novembre, la Principauté dirigera cet organe exécutif, une première qui impose une position forte dans un contexte international tendu, comme le rappelle le Souverain.
Une présidence historique
Après l'amertume d'un match décevant, Monaco goûte au prestige de faire entendre sa voix sur une tribune internationale. Dénominateur commun : Strasbourg. Ville de désillusion le 17 mai pour l'AS Monaco, scène de prestige trois jours plus tard pour la diplomatie monégasque. Pour la première fois depuis son adhésion en 2004, Monaco prend pour six mois la présidence du Conseil de l'Europe, précisément celle du Comité des ministres, l'organe exécutif de l'organisation internationale, placé sous un leadership monégasque jusqu'en novembre prochain.
Ce titre n'est pas honorifique : la voix de chaque pays, petit ou grand, compte pleinement, rappellent à loisir les diplomates représentant les 46 États membres.
Une cérémonie empreinte de symboles
Conduisant la délégation monégasque présente à Strasbourg pour cette prise de présidence mercredi, Isabelle Berro-Amadeï, conseillère de gouvernement-ministre des Relations extérieures et de la Coopération, a lancé « nous y sommes » à Alain Berset, Secrétaire général du Conseil de l'Europe, qui l'accueillait dans son bureau devant le manuscrit original de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Une relique qui donne le ton et rappelle que l'organisation œuvre principalement à la protection des droits humains sur le continent européen depuis la seconde moitié du XXe siècle.
À Strasbourg, les bâtiments du Conseil de l'Europe forment un quartier où se regroupent la Cour européenne des Droits de l'Homme, un bureau chargé de contrôler la qualité des médicaments, ainsi que les équipes accompagnant l'Ukraine, qui développent plusieurs outils pour panser les ravages de la guerre en cours, dont le Tribunal spécial pour le crime d'agression contre l'Ukraine et un registre des dommages compilant 150 000 dossiers formés par des Ukrainiens.
Une présidence exigeante et pragmatique
C'est ce contexte global que Monaco doit appréhender pour sa présidence. « Les petits États apportent en réalité une contribution bien supérieure à ce que laisserait supposer leur influence apparente, car ils savent clairement que la solidarité collective et la primauté du droit constituent les meilleurs remparts contre le fait accompli et les vulnérabilités individuelles », a souligné Isabelle Berro-Amadeï en ouvrant ce mercredi matin devant ses homologues la 1 560e réunion du Comité des ministres, la première de la présidence monégasque.
Chaque pays occupant le fauteuil de président peut et doit mettre sa patte aux travaux du Conseil de l'Europe. Pour Monaco, ce sera d'abord la volonté de promouvoir les droits des femmes et des filles, de lutter contre toutes les formes de violence, d'accompagner la protection des enfants et de défendre les valeurs du sport comme outil d'épanouissement. En qualité de président, Monaco se positionne aussi pour soutenir l'organisation et lui donner les moyens d'agir, réaffirmant son attachement à ce système. Une présidence à l'approche « exigeante et pragmatique », a promis devant l'Assemblée Isabelle Berro-Amadeï, prônant une « vigilance constante » sur la force du droit.
Six mois importants pour la Principauté
En descendant de la tribune, la ministre a confié son « émotion » de se trouver dans l'hémicycle du Comité des ministres. « On a conscience de la responsabilité qui nous incombe. Face aux multiples défis contemporains qui fragilisent nos démocraties, c'est le moment de réaffirmer quelle est la place du Conseil de l'Europe, les valeurs que nous défendons. » L'enjeu de cette présidence est aussi diplomatique pour Monaco, pour marquer sa position d'État solide dans le concert des nations européennes. « C'est notre ambition de réussir cette présidence, admet Isabelle Berro-Amadeï. On a réussi déjà en se préparant à embarquer toutes les institutions de la Principauté. On a tous compris à Monaco l'importance de ces six mois pour l'image de la Principauté. Et nous avons à cœur de réussir cette présidence tous ensemble. »
En coulisses, la mission monégasque se prépare depuis deux années à assurer cette charge. À Strasbourg, l'équipe s'est renforcée : une dizaine de personnes travaillent quotidiennement autour de l'ambassadeur Gabriel Revel, représentant permanent de Monaco auprès du Conseil de l'Europe. C'est lui qui présidera la réunion hebdomadaire du mercredi et encadrera aussi la trentaine d'événements politiques déjà programmés pour les six prochains mois, auxquels prendront part une série de hautes personnalités du pays.
S'adapter au contexte
Les contours de la présidence devront aussi être composés avec la situation internationale. « C'est le propre de cette présidence de s'adapter au contexte et d'intégrer ces éléments dans la conduite des travaux », souligne l'ambassadeur Revel, confirmant que le défi sera aussi pour la Principauté de montrer « son soutien au système conventionnel de protection des Droits de l'Homme, essentiel pour la protection de nos droits fondamentaux ».
Le défi n'est pas une mince affaire. La République de Moldavie, qui a précédé Monaco à la présidence les six derniers mois, en sait quelque chose. « Leur présidence débutait à peine, que la menace d'une action militaire contre le Groenland montrait que plus rien n'allait de soi, pas même la souveraineté de l'un de nos États membres. C'était après la catastrophe humanitaire de Gaza qui sévit encore, juste avant le Venezuela et avant que la guerre en Iran ne vienne frapper aux portes de notre continent. La rupture géopolitique, énergétique, morale était là », rembobine Alain Berset, secrétaire général de l'organisation. « Six mois, c'est court et c'est long à la fois, les événements se sont succédé à un rythme effréné. Dans ce monde en rupture, les décisions que nous prenons aujourd'hui doivent dépasser les cycles politiques et les crises que nous traversons. » Ce sera la mission de Monaco jusqu'en novembre.
Un reflet culturel souhaité
Il ne sera pas question que de politique pendant les six mois de cette présidence monégasque. Dans l'enfilade de salles de réunion du bâtiment seventies qui abrite le Conseil de l'Europe à Strasbourg, les œuvres d'art sont partout, offertes par tous les pays. D'une série de statues de Folon à une toile signée Mr OneTeas, cadeau du Souverain à l'organisation qui trône dans l'espace de coworking. Monaco jalonnera donc sa présidence d'événements culturels : concert de l'Orchestre philharmonique à l'Opéra national du Rhin le 15 juin, projection du documentaire Rainier III par lui-même et semaine gastronomique en novembre. En prélude hier, avant que les danseuses folkloriques de la Palladienne n'accompagnent l'élévation du drapeau monégasque sur la place Broglie devant la mairie de Strasbourg, la pianiste Stella Almondo a proposé une prestation incarnée sur une partition de Liszt. Derrière elle, flottait un autre emblème du Conseil de l'Europe, la tapisserie de Fernand Léger sur laquelle l'artiste broda les mots du poète Paul Eluard : « Je suis né pour te connaître, pour te nommer : liberté ».



