Sanchez s'oppose fermement à Trump sur la question iranienne
Dans un contexte de tensions internationales croissantes, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a prononcé une allocution solennelle mercredi matin pour démentir « catégoriquement » toute intention de collaboration militaire avec les États-Unis dans le conflit contre l'Iran. Cette intervention fait suite à de nouvelles déclarations controversées de l'ancien président américain Donald Trump, qui affirmait que l'Espagne avait changé de position.
Un démenti sans équivoque face aux pressions américaines
Pedro Sanchez a assuré que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran, évoquant explicitement la peur des représailles de certains dirigeants. Cette prise de position intervient alors que Donald Trump avait vivement critiqué le gouvernement espagnol mardi, lui reprochant de refuser l'accès à deux bases militaires andalouses pour la campagne militaire américaine contre l'Iran.
Le dirigeant américain avait même menacé Madrid de « cesser » complètement les relations commerciales entre les deux pays, exprimant son mécontentement face au refus espagnol de consacrer 5% de son PIB aux dépenses de défense dans le cadre de l'OTAN.
Un soutien européen face aux tentatives d'intimidation
Malgré les difficultés à adopter une position commune clairement définie au sein de l'Union européenne concernant les attaques contre l'Iran, la fermeté de Pedro Sanchez lui a valu plusieurs marques de soutien de ses homologues européens. Le président du Conseil européen Antonio Costa et le président français Emmanuel Macron ont notamment exprimé leur appui au chef du gouvernement espagnol.
Cette position a également été saluée par le président iranien via un message sur X, où il a félicité la « conduite responsable » de l'Espagne, bien que Sanchez ait par ailleurs condamné la riposte iranienne et réaffirmé son opposition au régime des ayatollahs.
Contradictions et clarifications diplomatiques
Dans la soirée de mercredi, une nouvelle confusion est survenue lorsque la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que l'Espagne avait finalement « accepté de coopérer » avec les forces armées américaines. Elle a déclaré : « Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier ».
Cette déclaration a été quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares, qui a assuré sur la radio Cadena Ser que la position de l'Espagne « n'a absolument pas changé ». Le ministre a réitéré le refus espagnol de laisser les États-Unis utiliser les bases andalouses, pourtant au cœur d'un traité signé entre les deux pays en 1953 sous le régime de Franco.
Dimensions politiques internes et réactions de l'opposition
Sur le plan intérieur, la prise de position ferme de Pedro Sanchez est analysée par certains observateurs comme une stratégie visant à Resserrer son électorat autour d'une thématique consensuelle au sein de la gauche espagnole. Le gouvernement socialiste appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit.
Cette position intervient à un moment politique délicat pour Sanchez, confronté à :
- Des défaites dans des scrutins régionaux
- Des affaires judiciaires visant des proches
- Des accusations de harcèlement sexuel au sein du PSOE
- La perspective des prochaines législatives au printemps 2027
Le patron du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à « respecter » l'Espagne tout en accusant Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins « partisanes ». Même le quotidien El País, traditionnellement proche de la gauche, a mis en garde le Premier ministre contre la tentation d'utiliser l'animosité envers Trump pour gagner en popularité.
Échos historiques du pacifisme espagnol
Cette position rappelle le mouvement pacifiste historique de la gauche espagnole, qui avait utilisé le slogan « Non à la guerre » en 2003 lors de l'intervention américaine en Irak. À l'époque, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, des troupes espagnoles avaient été déployées en Irak, marquant un alignement beaucoup plus fort sur les positions américaines que la politique actuelle de distanciation affichée par le gouvernement Sanchez.



