Cuba dans le viseur de Trump : un trophée politique aux risques migratoires
Cuba, le prochain trophée politique de Trump ?

Cuba, la nouvelle cible de l'administration Trump

Selon le journal américain The Nation, après le succès retentissant de l'opération à Caracas ayant conduit au kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro, l'administration Trump tourne désormais son attention vers Cuba. "Cuba est la suivante", affirme la publication, soulignant que pour le président américain et son secrétaire d'État cubano-américain Marco Rubio, l'île représente le trophée ultime de l'après-guerre froide.

Un régime fragilisé par des crises multiples

Cuba traverse actuellement une période de grande vulnérabilité. Le pays reste dominé par Raúl Castro, âgé de 94 ans, tandis que Miguel Díaz-Canel, 65 ans, assure la présidence de fait. L'économie cubaine est mise à mal par plusieurs facteurs convergents :

  • Une crise énergétique sévère aggravée par la fin du soutien pétrolier du Venezuela
  • Des sanctions américaines renforcées et un embargo maintenu depuis 1961
  • Des pénuries chroniques de produits essentiels et de médicaments
  • Des coupures d'électricité fréquentes selon les services de renseignement américains

L'aide humanitaire, même lorsqu'elle provient de voisins comme le Mexique, reste marginale face à l'ampleur des besoins.

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L'épineux dossier migratoire

Pour Donald Trump, toute action contre Cuba comporte un risque majeur : celui de déclencher une vague migratoire qui pourrait affecter directement son électorat. Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Amérique Latine et des Caraïbes, explique sur RFI qu'environ 1,5 million de Cubains sur les 11 millions que comptait l'île ont quitté le pays ces cinq dernières années en raison de conditions de vie de plus en plus difficiles.

Les chiffres sont éloquents : entre 2018 et 2023, les prix des aliments ont augmenté de 470% selon l'AFP, plongeant une partie importante de la population dans une précarité inédite. Le régime castriste a d'ailleurs longtemps utilisé l'outil migratoire comme levier politique, comme en témoigne le récent atterrissage à La Havane d'un avion transportant 170 Cubains résidant aux États-Unis après leur refoulement.

Un enjeu électoral sensible en Floride

À l'approche des midterms de novembre 2026, la question cubaine devient particulièrement délicate sur le plan électoral. La Floride, État clé dans toute élection présidentielle américaine, abrite une importante diaspora cubano-américaine fortement anticastriste et historiquement républicaine. Toute arrivée massive de migrants cubains sur le territoire américain risquerait de mécontenter cet électorat stratégique, compliquant ainsi la position de Donald Trump dans un État crucial.

Les chiffres du New York Times sont révélateurs : Donald Trump a rapatrié plus de 1 600 Cubains en 2025, soit environ le double du nombre de 2024. "Durant ses années de présidence, Donald Trump a renvoyé plus de Cubains que ses trois prédécesseurs réunis", précise le journal.

Le risque d'un vide politique et économique

Un changement brutal de régime à Cuba créerait un vide politique et économique dangereux. L'opposition locale reste faible et mal structurée, incapable selon les experts de RFI de prendre le relais en cas de chute du pouvoir en place. Avec seulement 10 millions d'habitants, Cuba n'offre pas de retour sur investissement immédiat : les projets touristiques ou hôteliers nécessiteraient des capitaux lourds pour des bénéfices incertains.

Alors que le Venezuela représentait un enjeu économique majeur pour la Maison-Blanche grâce à ses immenses réserves de pétrole, Cuba est devenu un objectif surtout politique, une véritable obsession pour Marco Rubio qui voit l'île à portée de main.

La stratégie de pression graduelle

Dans ce contexte complexe, Donald Trump hésite encore sur la voie à suivre. Faut-il miser sur la diplomatie pour une solution négociée ou faire imploser le régime castriste ? Pour l'instant, l'administration privilégie la pression économique et symbolique plutôt que l'action militaire directe. Contrairement à ce qui a été fait au Venezuela, Washington n'a pas déployé de forces autour de Cuba.

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Les États-Unis misent sur les sanctions et le blocus pour affaiblir La Havane tout en maintenant un minimum de stabilité régionale. Le régime castriste, déjà fortement fragilisé, tient encore, mais la question qui se pose désormais est : pour combien de temps ?