Courrier présidentiel : plongée dans les lettres des Français à l'Élysée
Courrier présidentiel : plongée dans les lettres des Français

Chaque jour, des centaines de courriers arrivent à l'Élysée, adressés au président de la République. Ces lettres, cartes postales, dessins d'enfants ou requêtes diverses sont traités par le service du Dialogue citoyen, situé au Palais de l'Alma, 11 Quai Branly à Paris. Une soixantaine de salariés y travaillent, selon Michel Offerlé, sociologue du politique à l'ENS.

Un service historique et en mutation

Le service du courrier présidentiel existe depuis longtemps. Sous René Coty, dernier président de la IVe République, les lettres étaient déjà nombreuses. Charles de Gaulle les faisait traiter par son secrétariat particulier. C'est sous Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) que le service s'est constitué et a émigré quai Branly, avec la règle de répondre à tous, sauf aux lettres d'insulte et aux courriers incohérents.

Aujourd'hui, le service a été rénové. Son organisation spatiale et les modalités de traitement ont changé. Les courriers sont scannés et intégrés à une base numérique, avec l'aide d'une intelligence artificielle pour la qualification et l'enregistrement.

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Qui écrit et pourquoi ?

Les citoyens écrivent pour diverses raisons : exprimer une opinion, formuler une requête, ou simplement partager un ressenti. Les courriers peuvent être de simples cartes postales ou des dossiers médicaux détaillés. Selon Michel Offerlé, il est difficile de préciser la représentativité des scripteurs, mais le coût symbolique est fort : parler en son nom, donner son nom, se sentir le droit d'interpeller.

Actuellement, environ 400 envois arrivent chaque jour, dont une quarantaine pour « le courrier Madame » (la première dame), et une trentaine d'appels au standard. Ce nombre a diminué par rapport aux périodes précédentes : sous François Hollande, on comptait 400 000 à 500 000 courriers sur l'ensemble du quinquennat, contre plus d'un million sur un septennat auparavant.

Classer, qualifier, répondre

Les courriers sont classés en plusieurs catégories. Les requêtes (environ 70 % du flux) obtiennent une réponse de principe et sont orientées vers les services sociaux compétents. Les opinions reçoivent une réponse détaillée et peuvent être transformées en tableaux de chiffres ou baromètres. Les courriers réservés concernent les personnalités (parlementaires, maires, chefs d'État).

Une nouvelle catégorie a récemment été créée : les « sollicitations », qui obtiennent une réponse immédiate, parfois signée par le président lui-même (visite du Palais, autographe, etc.). Les lettres anonymes, délirantes ou insultantes restent sans réponse.

Les présidents et leur courrier

Chaque président a utilisé le courrier à sa manière. Valéry Giscard d'Estaing en avait une conception fonctionnelle. François Mitterrand encourageait les Français à lui écrire. Nicolas Sarkozy privilégiait les sondages. François Hollande s'est beaucoup intéressé au service, recevant même des scripteurs le samedi après-midi à l'Élysée.

Emmanuel Macron utilise le courrier pour préparer ses voyages présidentiels. Selon Michel Offerlé, « le courrier devient une pièce importante de la connaissance des Français par un président qui n'avait pas eu le cursus partisan et/ou local de ses prédécesseurs ». Le service de veille remonte des notes, tableaux de bord et verbatim pour repérer les « signaux faibles ».

Un enjeu d'archivage

La politique d'archivage est sensible. Actuellement, seuls quelques milliers de lettres des quinquennats de Sarkozy et Hollande sont conservées dans les archives, qui ne seront consultables qu'à la fin du siècle. Une politique de destruction de 9 dossiers sur 10 a été remplacée par une conservation encore plus restrictive. Michel Offerlé alerte : « Si cet article peut avoir un intérêt, aussi scientifique, il devrait permettre d'alerter le président de la République sur cet état de fait. » La numérisation intégrale pourrait préserver la mémoire de toutes ces « vies minuscules ».

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L'IA au service du dialogue citoyen

L'intelligence artificielle est utilisée pour enregistrer et qualifier les correspondances. Un logiciel a « avalé » et « digéré » la mémoire des réponses antérieures, et aide à la rédaction des réponses. Selon le service, cela permet d'améliorer la rapidité de perception de l'opinion et d'approfondir la qualité des réponses, « de mettre de l'humain » dans les relations verticales entre l'institution et ses usagers.

Le nombre de scripteurs ne cesse de baisser, peut-être en raison de la concurrence avec le Défenseur des Droits. Reste à savoir si cette baisse est temporaire ou définitive.