Diplomatie française : Barrot presse Israël de saisir un « moment historique » avec le Liban
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a lancé un appel pressant aux autorités israéliennes, les exhortant à privilégier la voie diplomatique avec le Liban. Dans un entretien accordé à l'AFP, le ministre a souligné que Beyrouth multiplie actuellement les décisions fortes pour contrer l'influence iranienne, créant ainsi une opportunité unique de dialogue.
Un appel à la retenue militaire et à l'engagement politique
Jean-Noël Barrot, qui s'est rendu la semaine dernière au Liban puis en Israël, a appelé l'armée israélienne « à s'abstenir » de mener des opérations pour s'emparer d'une zone du sud du Liban. Il a simultanément salué la « décision courageuse » du Liban d'expulser l'ambassadeur d'Iran en poste à Beyrouth.
Le ministère libanais des Affaires étrangères a en effet annoncé avoir retiré l'accréditation de l'ambassadeur iranien récemment nommé, lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays. Beyrouth a également expulsé « un certain nombre de représentants des gardiens de la révolution au Liban ». « Ce n'est pas rien, ce sont des décisions majeures », a insisté le ministre français.
Un contexte régional tendu et une fenêtre d'opportunité
Le contexte reste extrêmement tendu. Depuis que la milice pro-iranienne Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, causant plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.
Pourtant, le président libanais Joseph Aoun a réitéré son appel à une trêve et à des négociations avec Israël. « Il y a un moment à saisir, il est historique, et ce moment c'est maintenant », a estimé Jean-Noël Barrot. Il a invité les autorités libanaises et israéliennes à saisir cette opportunité « le plus rapidement possible », d'autant que les gestes du gouvernement libanais « montrent qu'il traduit ses paroles en actes ».
La nécessité d'un dialogue politique de haut niveau
Interrogé sur la manœuvre des forces israéliennes au Sud-Liban pour s'emparer d'une ligne de défense avancée jusqu'au fleuve Litani, le ministre français a martelé qu'il faut sans relâche rappeler que « c'est l'intérêt d'Israël de vivre en paix et en sécurité avec ses voisins ».
« Et la première étape, c'est un dialogue politique de haut niveau avec le gouvernement libanais », a-t-il déclaré. Il faut ensuite reconnaître « le caractère historique des déclarations et des décisions du gouvernement libanais alors que le pays est dans une situation très fragile ».
Le processus de désarmement du Hezbollah et les défis à venir
Le ministre a par ailleurs estimé qu'il n'y avait pas eu d'erreur d'appréciation concernant le processus de désarmement du Hezbollah. Il a rappelé que l'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani.
« Et les chiffres produits par l'armée américaine sont éloquents : beaucoup a été fait », a-t-il insisté. Cependant, il a tempéré cet optimisme : « Est-ce que c'était suffisant pour considérer que le désarmement était abouti ? Évidemment que non puisque ça n'était que la première phase d'un plan qui en comptait cinq ».
Il a ajouté : « Il y a donc encore beaucoup de travail à faire pour restaurer l'autorité de l'État et le monopole des armes entre les mains de l'État. Et c'est notre objectif que d'accompagner les autorités libanaises, de renforcer l'armée libanaise ».
Mise en garde contre l'escalade et ligne française sur l'Iran
Jean-Noël Barrot a mis en garde contre la poursuite de l'escalade au Liban. « Il va de soi qu'il deviendrait sans doute plus difficile pour des discussions comme celles que nous appelons de nos vœux de se tenir, par la force des choses ».
Concernant de potentielles discussions entre Américains et Iraniens, il s'est refusé à commenter une éventuelle médiation pakistanaise. Il a en revanche rappelé la ligne de la France : pour des négociations de fond, il faudra que le « régime iranien consente à des concessions majeures, à un changement radical de posture » permettant une solution politique où l'Iran « puisse vivre de manière pacifique avec ses voisins, cesser de représenter une menace pour Israël, pour la région, y compris pour l'Europe ».



