Le président américain Donald Trump souhaite modifier la conception des futurs porte-avions de la marine américaine en déplaçant l'îlot, la tour de commandement, vers le centre du navire, une idée qui avait déjà été évoquée lors de son premier mandat et qui avait été jugée trop coûteuse, rapporte le Washington Post.
Une demande présidentielle qui suscite des réserves
Selon le quotidien américain, cette nouvelle esthétique rappellerait celle des bâtiments de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Si elle était mise en œuvre, cette modification constituerait la deuxième demande majeure de Donald Trump en matière de conception navale, après le mémorandum du 13 août ordonnant à la Navy de revenir à des catapultes à vapeur pour les futurs porte-avions.
La marine américaine ne voit pas cette demande d'un bon œil. Une étude menée lors du premier mandat de Donald Trump avait conclu que déplacer l'îlot pourrait coûter plusieurs milliards de dollars en frais de refonte et retarder considérablement le programme de construction, selon une source citée par le Washington Post.
Un programme colossal de dix navires
Le plan prévoit la construction de jusqu'à dix porte-avions de la classe Ford sur les quarante prochaines années, pour un coût estimé à 22 milliards de dollars par navire, selon le Congressional Budget Office et le dernier plan de construction navale de la Navy. Déplacer l'îlot représenterait alors « une refonte majeure », estime Bryan Clark, ancien officier de la Navy et spécialiste des questions navales au Hudson Institute, un groupe de réflexion conservateur basé à Washington.
Une telle modification bouleverserait la conception du porte-avions, en affectant notamment sa flottabilité et la répartition de son poids, tout en entraînant des coûts considérables. Trois porte-avions de la classe Ford sont actuellement à différents stades de développement : l'USS John F. Kennedy effectue des essais en mer, l'USS Enterprise et l'USS Doris Miller sont en construction. Le premier de la classe, l'USS Gerald R. Ford, est déjà en service.
Une influence croissante de la Maison-Blanche
L'intérêt de Donald Trump pour cette modification illustre l'influence croissante de la Maison-Blanche sur la construction navale militaire. Depuis son retour au pouvoir, il a promis de « ressusciter » ce secteur industriel en difficulté et a signé plusieurs décrets. L'année dernière, il a dévoilé des projets pour une nouvelle classe de cuirassés destinée à concrétiser sa vision d'une « Golden Fleet », un projet jugé inutile et dispendieux par de nombreux analystes et parlementaires. Le Congressional Budget Office a estimé que ces cuirassés coûteraient environ 275 milliards de dollars sur trente ans, pour un coût de 18 milliards de dollars par navire une fois le premier achevé.
Cette question est centrale, car la flotte de surface américaine souffre depuis des années de retards dans les opérations de maintenance et de faibles taux de disponibilité, en partie en raison de la fréquence des déploiements. Dans le contexte de la guerre contre l'Iran, le Pentagone a renforcé la présence navale au Moyen-Orient pour mener des frappes et faire respecter un blocus des ports iraniens.
Des conditions de vie à bord préoccupantes
L'USS Gerald R. Ford a connu un déploiement prolongé, achevé plus tôt cette année après qu'un incendie a rendu inhabitables les quartiers de nombreux membres d'équipage. La Navy a également reconnu des dysfonctionnements au niveau du système de collecte, de stockage et de transfert sous vide alimentant les centaines de toilettes à bord.
Des élus démocrates ont demandé cette semaine au secrétaire à la Défense Pete Hegseth d'enquêter sur de nouveaux rapports faisant état d'une dégradation rapide des conditions à bord de l'USS Abraham Lincoln, déployé au Moyen-Orient depuis novembre et dont l'équipage a passé 200 jours en mer sans escale. Donald Trump a assuré aux journalistes que le temps passé en mer par le Lincoln n'avait été « pas assez long, loin de là ». Le navire doit être relevé par l'USS George Washington dans les prochaines semaines.



