La cellule innovation du 1er régiment étranger de génie (Reg) de Laudun-l’Ardoise développe en interne des outils tactiques, dont un paddle motorisé et un drone porteur de mines antichars, pour s’adapter aux évolutions de la guerre et renforcer son autonomie.
Des prototypes conçus en interne
Lors de l’exercice Terra Nostra, mené en mars dernier par le 1er Reg, une planche de paddle équipée de propulseurs a traversé le Rhône avec un légionnaire armé à son bord. Ce prototype, baptisé PGMT (plateforme gonflable motorisée téléopérée), a été imaginé par le chef de la section des plongeurs du régiment pour des opérations de franchissement. Le capitaine Piotr, référent simplification et innovation numérique (RSIN), précise que « les financements ont été validés pour le militariser un peu plus et il a déjà intéressé d’autres régiments ».
Ces pôles innovation existent depuis plusieurs années dans chaque régiment, mais ils ont pris plus d’importance depuis la guerre en Ukraine. En 2023, la création du commandement du combat du futur (CCF) a confirmé cet intérêt, avec pour mission d’anticiper les évolutions de la guerre et d’accompagner l’innovation au sein de l’armée de terre française.
Le drone Draco et le sonar Deeper Quester
Parmi les projets lancés par le 1er Reg, le drone Draco, encore au stade expérimental, est conçu pour poser des mines antichars. Selon le capitaine Piotr, il permettrait, « dans une guerre de haute intensité, de miner une zone tout en préservant la ressource humaine ». Le premier prototype a été fabriqué en interne par deux militaires du rang, et le projet a obtenu un financement de 12 000 € du CCF pour produire six exemplaires supplémentaires. Le capitaine Piotr envisage d’automatiser les drones pour qu’un seul télépilote les commande, ou d’intégrer une IA pour optimiser la pose des mines.
Autre innovation : le Deeper Quester, un petit robot semblable à un sonar, scanne le fond de l’eau depuis la surface et transmet les données sur une application. Il a déjà été testé à l’école de plongée du génie et intéresserait la marine nationale.
Autonomie et low cost
Le 1er Reg privilégie une démarche low cost : fabriquer un Draco revient à moins de 2 000 €, contre 80 000 € pour le paddle propulsé s’il avait été confié à une entreprise. Le régiment utilise aussi l’impression 3D pour produire des mines étrangères inertes destinées à l’entraînement des sapeurs. Le capitaine Piotr souligne que cette approche permet de « gagner en autonomie » et de maintenir une production locale.
Pour les produits plus technologiques, le régiment collabore avec des sociétés privées, comme Command AI, qui développe des solutions d’IA pour la rédaction d’ordres simplifiés. « On se met à la page », indique l’officier. Le 1er Reg continue ainsi d’explorer des solutions innovantes pour répondre aux défis de la guerre moderne.



