Alors que le conflit entre l’Ukraine et la Russie se rapproche de son quatrième anniversaire, une enquête de la BBC révèle l’omerta de l’armée ukrainienne en ce qui concerne le suicide de ses soldats. « Il ne pouvait pas vivre avec ce qu’il avait vu. » Le 24 février prochain, l’Ukraine entamera sa cinquième année de guerre avec la Russie. Les négociations pour la paix se poursuivent mais peinent à déboucher sur un accord commun. Sur le front, les combats perdurent.
« Il a été arrêté, pas convoqué »
Depuis le début du conflit, aucun chiffre officiel n’a été communiqué par les deux camps. Toutefois, nos confrères de la BBC ont révélé que le nombre de suicides au sein de l’armée ukrainienne est de plus en plus élevé, et qu’il s’agit d’un sujet tabou pour les hommes au drapeau bleu et jaune. Kateryna a perdu son fils Orest en 2023. Le jeune homme était âgé de 25 ans mais dans un premier temps, ses problèmes l’ont rendu inapte au service militaire, explique-t-elle. Mais après le début de l’invasion, sa vue a finalement été réévaluée, puis il a été déclaré apte au combat. Orest rejoint alors le front avec d’autres soldats. Mais le jeune homme finira par se suicider à Tchassiv Yar. « Orest a été arrêté [par une patrouille de recrutement, ndlr], pas convoqué. L’État m’a pris mon fils, l’a envoyé à la guerre et m’a ramené un corps dans un sac. C’est tout. Aucune aide, aucune vérité, rien », fustige Kateryna.
« Je leur ai livré mon mari »
Mais le cas de la mère de famille n’est pas un cas isolé. Mariyana raconte ce qui est arrivé à son mari Anatoliy, déployé comme mitrailleur près de Bakhmut. Mais arrivé sur le front, il découvre l’horreur et voit une cinquantaine d’hommes se faire tuer. À son retour, Anatoliy était différent. « Il est revenu différent ; silencieux ; distant. » L’ancien militaire se fait hospitaliser après avoir perdu une partie d’une membre, puis se donne la mort dans la cour de l’hôpital. « La guerre l’a brisé. Il ne pouvait pas vivre avec ce qu’il avait vu », lance sa femme. Comme Kateryna, Mariyana verra les funérailles militaires de son mari refusées. « Quand il était en première ligne, il était utile. Mais maintenant, ce n’est plus un héros ? L’État m’a abandonnée au bord de la route. Je leur ai livré mon mari, et ils m’ont laissée seule, sans rien », déplore la veuve.
Aujourd’hui, les familles de ces soldats se battent pour qu’ils soient honorés comme des héros militaires, qu’une compensation soit versée, mais aussi une reconnaissance publique et militaire. Cette situation met en lumière le lourd tribut psychologique de la guerre, souvent occulté par les récits officiels. Les proches des victimes réclament justice et transparence, alors que le conflit s’enlise et que les pertes humaines continuent de s’accumuler.



