Une grève insolite révèle les tensions au sein de la Protection maternelle et infantile
Un mouvement de grève où employés et direction se retrouvent sur la même ligne est un événement plutôt rare. Cette scène insolite s'est pourtant déroulée, ce lundi 23 mars, au siège du Conseil départemental de la Gironde, à Bordeaux. « Notre hiérarchie nous soutient », insiste une manager puériculture de la Protection maternelle et infantile (PMI), soulignant l'unité face à une situation devenue critique.
Un service essentiel en souffrance
Crucial pour le bien-être des enfants confiés à des structures d'accueil en Gironde, aussi bien en milieu urbain que rural, ce service dispose de 350 agents de la fonction publique. Parmi ceux-ci, 80 sont spécifiquement en charge du « mode d'accueil », dont l'objectif principal est de contrôler les conditions de prise en charge des enfants. Cette mission indispensable vise à rassurer les parents et à prévenir les situations de maltraitance, mais elle est aujourd'hui compromise par un manque criant d'effectifs.
Lors du mouvement de protestation, la trentaine de grévistes venues manifester au Département réclamait une dizaine de postes supplémentaires. Une demande modeste au regard des 7 000 agents que compte la collectivité, mais qui semble pourtant impossible à satisfaire dans le contexte actuel.
Des finances départementales sous tension extrême
L'interlocuteur des grévistes, le vice-président (PS) du Département Louis Cavaleiro, explique ne pas avoir les mains libres. « Nous sommes placés dans le cadre d'un plan de retour à l'équilibre des finances qui nous engage contractuellement sur la partie des ressources humaines », rappelle-t-il avec fermeté. « En 2025, nous avons supprimé 250 postes, et 200 autres ne seront pas reconduits cette année. »
Le Conseil départemental de la Gironde est en effet confronté à un déficit global de 101 millions d'euros et à un risque réel de mise sous tutelle par la préfecture. Dans ce cadre ultra-tendu, il a lancé en décembre 2025 un plan de redressement prévoyant des économies drastiques. L'objectif est de permettre à la collectivité de revenir à l'équilibre et de retrouver une capacité d'autofinancement d'ici 2028, avec l'ambition de réaliser 91 millions d'euros d'économies sur trois ans.
Des conséquences directes sur le terrain
Dès lors, se pose la question cruciale de la capacité à assurer les services dus à la population girondine. « Nous déplorons un manque d'effectif sur l'ensemble des équipes, du fait des absences de personnel non remplacées depuis plusieurs semaines », alerte Brice Buisson, secrétaire de la Fédération autonome de la fonction publique territoriale. « Cette situation engendre une surcharge de travail importante et expose les agentes à un stress intense, avec des répercussions potentielles sur la qualité du service rendu. »
Une organisation grippée par les contraintes
Paradoxalement, « la réorganisation de la Direction de la protection de la santé, en septembre 2023, a porté ses fruits », note une agente de la PMI sur le terrain. « Les parents nous interpellent davantage, c'est très bien. Mais nous manquons cruellement de temps pour évaluer correctement l'impact de la qualité de l'accueil et le respect des normes de sécurité sur les enfants. »
Des situations impondérables viennent gripper l'organisation du personnel : arrêts maladie, mi-temps thérapeutiques, congés maternité… Fatalement, faute de moyens financiers, l'heure est à la « mutualisation entre les territoires pour les chefs de service » dans le but « d'accompagner au mieux la situation et de se concentrer sur nos missions essentielles ».
« Mettre dix postes à la PMI nous obligerait à en enlever ailleurs », se désole Louis Cavaleiro, résumant le dilemme insoluble. Sa priorité affichée : « Préserver le nombre de postes actuel à la PMI. » Une stratégie défensive qui vise à limiter la casse dans un contexte où chaque décision budgétaire a des conséquences directes sur la protection des plus vulnérables.



