Tensions budgétaires au Cannet : la majorité et l'opposition unies contre l'agglomération
Le Cannet critique l'agglomération Cannes Pays de Lérins

Un rapport budgétaire qui attise les tensions intercommunales

L'examen du rapport d'orientations budgétaires 2026 de la Ville du Cannet a dépassé le simple cadre financier pour devenir le théâtre d'une nouvelle confrontation verbale avec l'agglomération Cannes-Pays de Lérins. Lors du conseil municipal, les élus de la majorité comme de l'opposition ont exprimé leur mécontentement à l'égard de la communauté d'agglomération présidée par David Lisnard.

Une critique unanime de l'intercommunalité

Le nouvel élu d'opposition de gauche, Cyril Fernandez, a ouvert les hostilités en interpellant la majorité : « Dans votre rapport, votre jugement est très mauvais pour l'intercommunalité. Le Cannet n'a pas l'air d'y trouver sa place. Est-ce Cannes qui fait preuve de mauvaise volonté ? »

Chantal Chasseriaud, élue socialiste dans l'opposition municipale et également opposante à la majorité de David Lisnard à la CACPL, a enchaîné : « Quand l'intercommunalité a été rendue obligatoire, Le Cannet n'y était pas favorable. Mais depuis, vous votez tout ce qui est financièrement négatif. L'intercommunalité devait aider les communes les plus pauvres, mais effectivement, à la CACPL, on a l'impression que certains tirent toute la couverture à eux ! »

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Des chiffres qui parlent

Le rapport présenté aux élus met en lumière plusieurs points de friction :

  • Le potentiel financier du Cannet est inférieur de 20% au potentiel moyen de la CACPL
  • Les autres communes (Cannes, Mandelieu, Mougins, Théoule) présentent des indicateurs de richesse très élevés, largement supérieurs à ceux du Cannet
  • Un manque de solidarité sur les recettes de fonctionnement est dénoncé
  • Les effets de l'intégration à l'intercommunalité représenteraient des pertes financières pour la ville de plus de 1,7 million d'euros depuis 2015

La position ferme de la majorité municipale

Michèle Tabarot, députée LR et cheffe de la majorité municipale, a rappelé les tensions passées : « Le maire et ses adjoints se sont fait retirer leurs délégations parce qu'on avait attaqué un budget communautaire sans juste retour pour Le Cannet. David Lisnard a dit qu'il y aurait de nouveaux investissements, on verra. »

L'élue, qui n'a quasiment jamais siégé à l'agglomération même en tant que maire du Cannet, persiste : « Quand la Ville était seule, elle se gérait parfaitement. Le ramassage des ordures ménagères était bien meilleur qu'aujourd'hui alors que la taxe n'a pas baissé. Pour les transports, l'agglo n'a rien changé à ce que nous faisions au sein d'un syndicat. La solidarité, c'est important, mais on n'en a pas bénéficié concrètement jusqu'à présent. »

Une intervention surprise du RN

L'élu RN Eric Ravasco a saisi l'occasion pour annoncer : « Je vais vous rassurer. En 2027, si le RN gagne, il n'y aura plus d'agglomération, ni de loi SRU ! » Ce à quoi Michèle Tabarot a répondu avec ironie : « Je ne suis pas sûre de faire campagne pour vous, mais si vous gagnez, ce sera au moins deux points positifs... »

Un budget 2026 marqué par la prudence

Les orientations du maire

Face à un contexte national et international difficile, le maire Yves Pigrenet a présenté quatre orientations pour le budget 2026 :

  1. Maintenir une fiscalité et un endettement stables
  2. Poursuivre une gestion rigoureuse
  3. Enrichir le patrimoine communal via les investissements

Malgré la baisse continue des dotations de l'État, le taux de la taxe foncière sur le bâti reste à 29,59%, un chiffre inférieur à la moyenne départementale (32,82%) et nationale (39,79%).

Des résultats financiers positifs

Muriel Di Bari, adjointe aux finances, s'est félicitée de plusieurs indicateurs :

  • Une baisse continue de la dette depuis 2012 (-20 millions d'euros)
  • Un excédent de 5,5 millions sur l'exercice 2025, reporté à 2026
  • 16 millions d'euros consacrés aux investissements en 2026 (travaux de voirie, réhabilitation d'écoles, acquisitions foncières...)

« Non seulement la ville investit tout en se désendettant, mais elle parvient aussi à conserver son fonds de roulement », a-t-elle affirmé.

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Les critiques de l'opposition

Chantal Chasseriaud conteste cependant ce satisfecit : « Vous dites que vous n'augmentez pas l'impôt foncier, mais c'est faux car vous l'aviez précédemment augmenté durant deux ans. Et côté investissements, des projets votés n'ont pas été réalisés. »

L'élue PS pointe également la pénalité de 1,5 million d'euros infligée pour non-respect de la loi SRU : « Nous n'avons que 8% de logements sociaux, ce n'est pas suffisant. » Elle critique aussi les aménagements prévus des espaces verts : « Moi qui les fréquente davantage aujourd'hui, je constate que ça en a bien besoin ! »

La défense de la majorité

Michèle Tabarot justifie les augmentations passées de la taxe foncière par des facteurs conjoncturels (guerre en Ukraine, inflation). Elle dénonce également la loi SRU : « Nous subissons la loi SRU qui ne prend pas en considération le flux et les stocks, alors que notre commune est déjà la plus dense du département. Quand il y a 300 demandes de logements sociaux au Cannet, et que la loi nous oblige à en construire 3000, c'est un vrai problème ! »

Le débat budgétaire du Cannet révèle ainsi des fractures multiples : entre la commune et son agglomération, mais aussi au sein même du paysage politique local, où les questions financières et de gouvernance territoriale continuent de diviser élus et administrés.