Bordeaux face à la délinquance : un bilan nuancé après la mandature Hurmic
Le ministère de l'Intérieur a publié ce 26 mars les données complètes de la délinquance pour l'année 2025, permettant d'établir un bilan définitif de la mandature écologiste de Pierre Hurmic à Bordeaux, qui s'est achevée avec les récentes élections municipales. Ces chiffres, attendus dans un contexte où l'insécurité a été un thème central de la campagne, révèlent une situation complexe et contrastée.
Stabilité globale masquant des réalités divergentes
Sur l'ensemble de la période 2019-2025, la délinquance bordelaise affiche une baisse marginale de 0,1%, avec 31 266 faits recensés l'an dernier contre 31 311 en 2019. Cette quasi-stabilité statistique cache cependant des évolutions très différentes selon les types d'infractions, certains indicateurs connaissant des hausses significatives tandis que d'autres enregistrent des baisses notables.
L'ancien maire Pierre Hurmic avait régulièrement mis en avant une baisse de 4,5% des infractions entre 2019 et 2024, mais les données 2025 viennent nuancer ce bilan. Le service statistique ministériel (SSMSI) confirme que sur les quatorze indicateurs principaux, dix étaient à la hausse en 2025 par rapport à l'année précédente.
Les points noirs : vols et violences en augmentation
Plusieurs catégories de délits ont connu des augmentations préoccupantes en 2025 :
- Les vols sans violence (+10,1%), qui représentent le principal pourvoyeur d'insécurité avec 10 483 victimes, soit près d'un tiers des faits de délinquance en ville
- Les destructions et dégradations volontaires (+6,6%)
- Les violences physiques hors cadre familial (+6,4%)
- Les vols d'accessoires sur véhicules (+11,9%)
- Les mis en cause dans les trafics de stupéfiants (+20,5%)
- Les violences sexuelles (+2,5%)
Ces augmentations viennent atténuer le bilan global sur lequel s'appuyait Pierre Hurmic durant la campagne électorale, face aux critiques de son successeur Thomas Cazenave qui promettait un « plan Marshall » de la sécurité.
Les succès : cambriolages et vols violents en baisse
Malgré ces points noirs, quatre indicateurs montrent des évolutions positives :
- Les cambriolages, en chute de 22,2% par rapport à 2024 (1 162 faits recensés)
- Les vols avec arme (-16,7%, avec seulement 70 faits constatés)
- Les vols de véhicules (-14,2%, soit 844 véhicules dérobés)
- Les violences physiques intrafamiliales (-2,4%)
Sur l'ensemble de la mandature, la baisse des cambriolages est particulièrement significative avec -21,8% par rapport à 2019, dernière année du mandat précédent sous Nicolas Florian. Bordeaux fait même mieux qu'en 2018 avec 37 cambriolages de moins.
Analyse sur la mandature complète
En prenant du recul sur les six années de mandature écologiste, le bilan apparaît plus nuancé encore. Huit indices sur quatorze sont en hausse, mais la somme des faits de délinquance reste stable. Certaines évolutions sont particulièrement marquées :
- Les violences physiques intrafamiliales ont explosé (+84,8%, avec 1 018 victimes recensées)
- Les violences sexuelles sont en hausse de 61,5%
- Les destructions et dégradations volontaires sont en baisse de 24%
- Les vols violents sans arme ont chuté de 30,6%
La délinquance automobile présente également un tableau contrasté : si les vols de véhicules sont en baisse de 9,3% sur la mandature, les vols à la roulotte ont bondi de 25,2% avec 5 612 véhicules visités en 2025.
Positionnement national de Bordeaux
Dans le classement des grandes métropoles françaises, Bordeaux occupe des positions variables selon les indicateurs :
- Première position pour les violences intrafamiliales et les vols à la roulotte (au prorata de la population)
- Deuxième position pour les vols de véhicules, derrière Rennes
- Troisième position pour les vols avec arme, les vols sans violence et les vols violents sans arme
- Cinquième position pour les cambriolages et les destructions de biens
- Huitième position pour le trafic et l'usage de stupéfiants
- Neuvième position pour les violences sexuelles
- Dixième position pour les violences hors cadre familial
Ce positionnement relativise certaines affirmations alarmistes entendues durant la campagne, tout en confirmant des points de vigilance spécifiques à la ville. Ni « gagnée par l'ultra-violence » comme certains l'ont suggéré, ni totalement épargnée, Bordeaux se situe dans une position intermédiaire parmi les grandes villes françaises.
Ces données statistiques complètes, publiées au sortir des élections municipales, fournissent désormais une base objective pour évaluer les politiques de sécurité menées durant la mandature écologiste et fixer des priorités pour la nouvelle équipe municipale.



