Un scrutin sans suspense qui cache un rebondissement inattendu
Le dimanche 15 mars, les élections municipales se sont déroulées à Saint-Fort-sur-Gironde, une commune de 900 habitants située dans le sud de la Charente-Maritime. Le suspense était quasi inexistant puisque une seule liste, Saint-Fort, Terres d'avenir, menée par Anthony Pillet, 33 ans, était en course. Le dépouillement a confirmé cette attente avec 363 votants ayant choisi cette liste unique, soit un taux de participation honorable de 60% des inscrits. Notons toutefois que près de 15% des votes étaient blancs ou nuls, un chiffre en nette augmentation par rapport aux 4% de 2020, laissant peut-être entrevoir un certain malaise.
Un bourg dynamique en apparence serein
Anthony Pillet, élu depuis 2014 et adjoint au maire sortant Jean-Pierre Gervreau, semblait naturellement destiné à prendre la succession. Le modeste bourg, entouré de vignes, peut en effet s'enorgueillir d'un certain dynamisme avec sa petite supérette, sa maison de santé, son bureau de Poste, un salon de coiffure et une église rénovée visible depuis les coteaux. Tout semblait donc se dérouler dans la continuité et la tranquillité, jusqu'au premier conseil municipal de la nouvelle mandature.
Le coup de théâtre du vendredi 20 mars
Le vendredi 20 mars, lors de l'installation du nouveau conseil municipal, la surprise fut totale. Face à Anthony Pillet, son propre colistier, Arnaud Borol, un agriculteur de 48 ans, a brusquement annoncé sa candidature au fauteuil de maire. Contre toute attente, il l'a emporté avec huit voix contre six pour celui qui était pourtant le chef de file de la liste élue. La stupeur a saisi le village, d'autant que les deux hommes se connaissent bien, étant tous deux Saint-Fortais de longue date et ayant siégé ensemble au conseil municipal depuis 2014.
Les racines du conflit : une liste d'adjoints contestée
Pour comprendre ce revirement, il faut remonter au 12 février, quelques semaines avant le scrutin. Lors d'une réunion de travail de la liste, Anthony Pillet a proposé une composition pour les postes d'adjoints. « Arnaud Borol était absent et personne n'a rien dit quand j'ai demandé si ça convenait à tout le monde, tout le monde a dit oui », raconte-t-il. Cependant, quelques jours plus tard, Arnaud Borol l'a contacté pour exprimer son mécontentement de ne pas figurer sur cette liste.
Dans une lettre ouverte distribuée aux habitants après son élection, Arnaud Borol conteste cette version. Il évoque une liste d'adjoints « imposée sans aucun échange » et affirme que plusieurs colistiers lui ont fait part de leur malaise. « J'ai donc tenté d'exprimer cela, dès le 16 février, auprès de la tête de liste, mais j'ai reçu, je l'affirme, une fin de non-recevoir », écrit-il. Anthony Pillet rejette ces accusations, insistant sur une démarche collective.
Un village divisé et des sentiments de trahison
Cette élection a profondément divisé la petite commune. Julien, un habitant de 45 ans, exprime son dégoût : « Huit personnes ont décidé pour 900. J'ai parlé avec beaucoup d'habitants et la plupart ont le sentiment d'avoir été trahis. Juridiquement c'est valable, éthiquement c'est moche. » L'ancien maire, Jean-Pierre Gervreau, se dit « absolument contre ce qui s'est passé, c'est regrettable et lamentable ». Un septuagénaire croisé dans le village qualifie même l'épisode d'« honteux » et évoque un « coup monté ».
Les suites immédiates et les positions des protagonistes
Arnaud Borol, joint par la presse, n'a pas souhaité commenter davantage, indiquant avoir porté plainte pour des messages d'insultes reçus sur les réseaux sociaux et ne voulant pas « mettre de l'huile sur le feu ». De son côté, Anthony Pillet, bien que volontaire, affirme qu'il ne démissionnera pas et ne formera pas d'opposition systématique : « J'ai été élu par les habitants, ce n'est pas parce que je n'ai pas eu la fonction de maire que je vais arrêter mon mandat. »
Les premiers éléments de réponse pourraient venir rapidement, un nouveau conseil municipal étant prévu ce vendredi 3 avril à 13h30. La question demeure : s'agit-il d'un véritable « coup monté » planifié à l'avance ou simplement d'un grave manque de communication entre des élus qui se connaissaient pourtant bien ? L'avenir immédiat de la gouvernance de Saint-Fort-sur-Gironde en dépend.



