La corrida d'Orthez, un enjeu électoral brûlant
Parmi les temps forts des Fêtes d'Orthez, la corrida dominicale suscite des interrogations croissantes quant à son avenir. Au-delà du débat classique opposant tradition et bien-être animal, c'est désormais la question sensible de son financement par les deniers publics de la commune qui occupe le devant de la scène politique locale.
Un rejet national croissant
Sans surprise, le dernier baromètre intitulé « Les Français et le bien-être animal », réalisé par l'Ifop pour la Fondation 30 millions d'Amis à l'approche des élections municipales, confirme le rejet grandissant des Français envers la corrida. Publié le 5 février, ce document révèle que 79% des Français estiment injustifié de faire souffrir des animaux au nom de certaines traditions. Plus significatif encore, 78% des personnes interrogées souhaitent voir la corrida interdite sur le territoire national.
Les positions divergentes des candidats
À Orthez, seul le candidat de gauche Éric Delteil envisage clairement de retirer le soutien financier de la commune à l'organisation de la journée taurine. « Nous reconnaissons le droit à chacun, y compris aux aficionados de la corrida, de s'organiser librement. Nous nous opposons en revanche à tout financement municipal », déclare-t-il fermement. Sa majorité proposerait néanmoins de mettre gratuitement les arènes à disposition des organisateurs.
Face à cette position, la dauphine d'Emmanuel Hanon, ainsi que Nicolas Cresson, justifient le maintien du soutien financier communal en invoquant une tradition « ancrée dans notre culture locale ». Benjamin Moutet partage également cette vision et entend maintenir l'aide financière de la collectivité.
Une tradition finalement récente
Contrairement aux affirmations de certains candidats, l'organisation de corridas formelles à Orthez ne remonte qu'à 1972, comme l'atteste l'ouvrage « Histoire des tauromachies à Orthez » de l'historien aficionado Jacques Milhoua. Le livre mentionne toutefois une première mise à mort d'un taureau lors des Fêtes d'Orthez de 1894, avant même la construction des arènes actuelles.
L'opacité des finances communales
Quel est le coût réel de cet événement controversé pour les finances d'Orthez ? Interrogée pour connaître les recettes, les dépenses de la journée taurine ainsi que la subvention d'équilibre de la Ville, la majorité sortante dont fait partie Jeanne Lamazères-Destugues n'a pas souhaité apporter de réponse claire. Cette opacité rappelle celle observée durant le précédent mandat d'Yves Darrigrand, alimentant les suspicions sur l'utilisation des fonds publics.
La course landaise, parent pauvre du débat
Fait notable, ni Jeanne Lamazère-Destugues ni Benjamin Moutet n'envisagent actuellement d'attribuer une subvention - pourtant inexistante aujourd'hui - à la course landaise. Pourtant, cette pratique moins controversée est bien plus ancienne à Orthez que la corrida. « Il est logique de soutenir aussi la course landaise », estime quant à lui Nicolas Cresson, soulignant ainsi une certaine incohérence dans les positions des différents candidats.
Les défenseurs de la corrida mettent en avant son impact attractif bénéficiant aux commerçants locaux, tandis que ses détracteurs questionnent la légitimité d'un financement public pour une pratique de plus en plus rejetée par l'opinion nationale. Ce débat dépasse largement les frontières d'Orthez et interroge plus globalement la place des traditions dans l'espace public contemporain.



