Bordeaux : Le Centre d'accueil pour toxicomanes Saint-James, épineux sujet de la campagne municipale
Centre toxicomanes Saint-James, sujet brûlant à Bordeaux

Un dossier sensible au cœur des débats électoraux bordelais

Le sort du Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) de la rue Saint-James, à proximité de la Grosse Cloche, constitue un sujet récurrent et particulièrement inflammable dans la campagne des élections municipales à Bordeaux. Entre impératifs sanitaires et nécessité de tranquillité publique, ce dossier ne cesse de rebondir, suscitant des prises de position passionnées et des accusations croisées.

Un débat qui s'enflamme lors des confrontations publiques

Le dernier épisode en date remonte au débat organisé par TV7 le 25 février, lorsque la candidate Reconquête Virginie Bouthoux-Tournay a décrit à tort l'établissement comme « une salle de shoot » avec pignon sur rue. Une affirmation qui a provoqué la colère du maire sortant Pierre Hurmic, lui rétorquant vivement : « Vous dites n'importe quoi, Madame ! » Cette polémique illustre la sensibilité extrême du sujet et la difficulté d'en débattre sereinement en période électorale.

L'intervention ministérielle et ses répercussions politiques

Mi-janvier, le député macroniste et candidat de la droite et du centre Thomas Cazenave a dévoilé une lettre de la ministre de la Santé Stéphanie Rist qui lui était adressée. Dans ce courrier, la ministre chargeait l'Agence régionale de santé (ARS) de mener une « concertation » autour du transfert de ce centre « vers un cadre hospitalier ou assimilé ». Une annonce qui a pris de court la municipalité en place, selon Marc Etcheverry, adjoint à la sécurité et maire-adjoint du quartier centre, qui dénonce « cinq semaines après ce coup médiatique » une « petite manipulation électorale ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La position de l'administration et des associations

Sollicitée par « Sud Ouest », l'ARS s'est limitée à une réponse laconique : « Suite à la demande de Madame la ministre, une concertation se tiendra après les élections municipales, et ce, en raison de la période de réserve électorale ». Cette position administrative contraste avec les enjeux de terrain défendus par l'association la Case, qui exploite ce Caarud depuis douze ans. L'implantation au plus près du public concerné, non loin de la rue Sainte-Catherine propice à la manche, constitue la raison d'être même de cette structure de réduction des risques.

Les mobilisations locales et leurs impacts

La mobilisation de commerçants et de riverains, matérialisée par une pétition en ligne ayant recueilli 1 000 signatures réclamant le déménagement du centre, a considérablement influencé le débat électoral. Dès l'automne, l'économiste et candidat Philippe Dessertine avait réalisé une vidéo sur le sujet, suivie par Danielle Pendanx, présidente de l'association des commerçants du quartier Saint-Paul. Cette pression locale a offert à Thomas Cazenave l'opportunité de s'emparer du dossier pour interpeller directement la ministre.

Les arguments en faveur du maintien

Marc Etcheverry défend quant à lui une position nuancée, assurant veiller tout autant à « la tranquillité et à la dynamique commerciale » du secteur qu'à la nécessité d'une telle antenne en centre-ville. Il souligne l'« augmentation des addictions » depuis la pandémie de Covid et met en garde contre un déménagement pur et simple en milieu hospitalier, « où la très grande majorité des publics n'ira pas ». Pour l'adjoint au maire, des améliorations sont possibles sur la « gestion des flux » ou la « localisation précise » de l'antenne, mais « ce n'est pas un tabou ».

Les revirements politiques et leurs interprétations

Le dossier révèle également des apparentes contradictions au sein de la classe politique bordelaise. Marc Etcheverry pointe ainsi le cas d'Alexandra Siarri, ancienne adjointe d'Alain Juppé aux affaires sociales, qui défendait fermement l'implantation de la Case dans le quartier en juin 2020, et qui est aujourd'hui directrice de campagne de Thomas Cazenave. « Tout le monde peut évidemment faire évoluer son avis sur ce sujet complexe mais là, ça relève du grand écart », relève l'adjoint au maire.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une situation décrite comme « totalement intenable »

Alexandra Siarri justifie son évolution de position en décrivant une « situation totalement intenable » rue Saint-James, avec des « pratiques addictives » au vu et au su de tous, et des toxicomanes qui s'injectent « des produits dans les testicules ». Elle évoque une « mise en danger » à la fois des personnes accompagnées et des riverains, « notamment aux heures de fermeture ou le week-end ». Pour l'ancienne adjointe, la pérennité du Caarud passerait par un fonctionnement hybride, dans les murs d'un hôpital et « sous des formes d'itinérance pour aller là où sont les toxicomanes ».

Un débat qui dépasse les clivages politiques traditionnels

Ce dossier complexe transcende les oppositions politiques classiques, mêlant considérations sanitaires, sociales, sécuritaires et commerciales. Alors que la campagne municipale bat son plein, le sort du centre d'accueil de la rue Saint-James continue de cristalliser les tensions et de révéler les difficultés à concilier des impératifs parfois contradictoires dans la gestion des politiques publiques locales de santé et de réduction des risques.