Le maire de Bordeaux s’est fait le chantre de « l’hyperproximité », déroulant son dispositif de remontée des attentes des habitants : un « pacte démocratique » qui s’appuie notamment sur une maille plus fine de 30 quartiers, tous représentés par un élu de la majorité, identifié et accessible.
Une refondation du pacte démocratique
« L’hyperproximité ». Sans doute l’un des mots les plus utilisés - à quatre reprises - par Thomas Cazenave devant le pupitre installé à l’étage de la mairie annexe de Nansouty, ce mardi 19 mai. Le maire (Renaissance) de Bordeaux y présentait les tenants de sa nouvelle « politique de proximité et de participation citoyenne », ni plus ni moins une « refondation du pacte démocratique », plaide-t-il, qui sera soumise au prochain Conseil municipal.
Principal enseignement : si la carte des huit mairies de secteur - il faudrait désormais dire de grand quartier - reste inchangée, celles-ci sont sous-divisées en 30 quartiers. Y seront rattachés autant d’élus « de proximité » dûment identifiés. Issus des rangs de la majorité municipale, ils seront à hauteur de trottoir, pour ne pas dire à portée de baffe : charge à eux de faire remonter les doléances des riverains à l’administration municipale ou métropolitaine, faiblesse supposée de la municipalité Hurmic. Du moins le candidat Cazenave l’a-t-il martelé durant la campagne.
Autre nouveauté, une « commission citoyenne » par mairie de quartier qui sera formée pour partie d’habitants tirés au sort. Elle aura notamment un pouvoir décisionnaire dans l’attribution du budget participatif.
La maille des quartiers
La carte, d’abord. Aux huit mairies de « grand quartier » s’ajoute une nouvelle sous-division, ces 30 quartiers délimités en tant que « bassins de vie », dit Thomas Cazenave, là où « il y a une polarité, des commerces, une école ». Soit « le maillage le plus fin de la ville », de l’ordre de « 5 000 -10 000 » habitants, arrêté « avec les services ». « Peut-être qu’à l’avenir, ces frontières évolueront, ce n’est pas du tout un schéma figé. »
Durant la campagne, le candidat Cazenave avait placé le curseur à hauteur d’une « vingtaine » de quartier. Ce sera donc 30, comme l’envisageait le maire sortant, l’écologiste Pierre Hurmic. Si le découpage de la nouvelle municipalité n’est pas un copié-collé, il présente tout de même quelques similitudes troublantes avec celui diffusé en mars par l’équipe du candidat Hurmic.
Une incarnation
Un quartier, une tête. L’architecture de la nouvelle politique de proximité municipale repose donc sur une incarnation, chaque maire de « grand quartier » étant épaulé par « deux élus de proximité » : « Des élus qui connaissent le terrain, qui remontent les problèmes », décrit Thomas Cazenave. Le contingent de la majorité municipale (49 sur 65) ne sera pas de trop pour alimenter cet ambitieux dispositif : « C’est une organisation exigeante pour nous », concède le maire de Bordeaux. Mail, voire numéro de téléphone portable : les « modalités de prise de contact » de l’élu de proximité seront bientôt connues.
Tirage au sort
Autre étage de la fusée « proximité », l’installation de « commissions citoyennes » adossées aux mairies de grand quartier. « Nous souhaitons aller beaucoup plus loin sur l’implication des Bordelais à nos côtés. Nous ne faisons pas seuls la ville, l’objectif est de mobiliser des citoyens. » Chaque commission citoyenne sera composée de 30 personnes. Particularité de l’affaire : elles seront tirées au sort. 20 parmi les habitants, 10 sur la base d’une liste de volontaires, 10 piochées dans le fichier des adresses postales. Et 10 « acteurs du quartier », commerçants et autres responsables associatifs.
Intérêt d’un tel échafaudage : élargir le champ des instances traditionnelles de représentation citoyenne. « C’est un vrai changement. On ne vient pas juste chercher de la participation et après on s’en va. Avec le tirage au sort, on touche des gens qu’on ne voit pas habituellement. » Chaque maire-adjoint s’appuiera sur sa commission citoyenne pour « travailler aux projets de son quartier » et attribuer les subventions du budget participatif.
Budget participatif doublé
S’il n’est pas nouveau, le budget participatif, alloué à des projets citoyens (actions ponctuelles, amélioration du cadre de vie, lien social, etc.) fait lui aussi l’objet d’une refonte. Il sera entériné au niveau des mairies de grand-quartier : « C’est une innovation », dit Thomas Cazenave. Des dispositifs parallèles tels que le « fonds d’aide aux quartiers » ou « l’atelier des initiatives » disparaissent au profit de ce seul budget participatif dont la dotation, par ricochet, augmentera de 500 000 à 1 million d’euros. « Notre objectif, c’est d’être à la fois plus proche et plus simple. »
Un autre dispositif, le parlement mobile, passe à la trappe. Voulu par Pierre Hurmic, cet amphithéâtre en bois se déplaçait dans les quartiers pour recueillir la parole citoyenne. « Une grande décision de la ville prise grâce au parlement mobile, je n’en ai pas en tête. »
Conseils de quartier : un « échange direct »
Le réseau des huit conseils de quartier, un dispositif prévu par la loi, est bien sûr maintenu. Thomas Cazenave souhaite qu’ils se tiennent une fois par an et les considère comme des réunions publiques, un lieu « d’échange direct et pas trop intermédié » avec les habitants. Ce n’est pas un lieu de décision, prévient-il : « Ce n’est pas là qu’on fabrique la politique publique, comme transformer une place ou végétaliser un trottoir ». Les premiers conseils de quartier de la mandature se réuniront tout au long du mois de juin.



