Tests antidrogue pour ministres : une circulaire controversée de Matignon
Tests antidrogue pour ministres et hauts fonctionnaires

Une circulaire qui secoue l'administration

Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a demandé à ses ministres de procéder à des dépistages surprise de stupéfiants, "sous forme de tests salivaires", auprès de leurs collaborateurs et de se faire tester eux-mêmes, selon une circulaire que l'AFP a pu consulter mercredi 17 juin. Ce texte a été reçu froidement par l'administration, qui y voit une mesure "infantilisante" et "injuste" pour certains, mais "habile" pour d'autres.

Qui est concerné ?

Selon le document, sont concernés de nombreux hauts fonctionnaires, préfets, ambassadeurs, directeurs d'administration centrale, recteurs, et agents ayant accès à des "informations sensibles" ou porteurs d'une "habilitation" dans la défense ou la sécurité. Les ministres, la Secrétaire générale du gouvernement et le Secrétaire général de la Défense et la sécurité nationale devront aussi se faire dépister. Un membre du cabinet du Premier ministre est également concerné.

Les justifications de Matignon

Ces dépistages visent "une exigence d'exemplarité et de sécurité proportionnée aux responsabilités exercées", fait valoir l'entourage du Premier ministre, qui a été lui-même testé ainsi que ses équipes il y a environ deux semaines. La circulaire s'inscrit dans le "changement d'échelle" que Sébastien Lecornu veut impulser dans la lutte contre le narcotrafic. La consommation de stupéfiants par des agents publics "constitue, au-delà de leur propre mise en danger et de l'impact sur le service, une vulnérabilité personnelle susceptible d'être exploitée par des groupes de pression, des réseaux criminels ou des manœuvres d'ingérence", insiste le chef du gouvernement.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un précédent embarrassant

En décembre 2025, un membre du cabinet du Premier ministre, conseiller sur les questions agricoles déjà en poste avant Sébastien Lecornu, avait dû être exfiltré de Matignon pour consommation de drogue, avait rapporté en début d'année le Canard Enchaîné.

Une mesure légale mais contestée

Un conseiller ministériel, sous couvert d'anonymat, s'interroge sur la légalité de la circulaire et la juge "infantilisante". Il estime que "Lecornu c'est aussi le chef de tous les conseillers ministériels. Instaurer un rapport de défiance, alors qu'on travaille tous de 6 h 00 du matin à 1 h 00 du matin, dans une période de fin de règne où on a tous besoin d'avoir un horizon, ça me met extrêmement mal à l'aise". Un autre conseiller trouve l'initiative "intéressante" et "habile". Selon lui, "on ne peut plus avoir de complaisance vis-à-vis de cette consommation" qui touche "tous les milieux". Il y voit aussi une réponse à l'extrême droite "dont le moteur est de critiquer le système" avec le slogan du "tous pourris". Le conseiller reconnaît que cette demande de Matignon, qui arrive après un courrier aux ministres pour les exhorter à "corriger" à la baisse leurs dépenses, est "ressentie comme injuste".

Un problème de santé publique

Les ministres doivent établir avant le 26 juin un plan d'action et la liste des emplois concernés. Le ministère des Affaires étrangères tiendra jeudi une réunion interne pour examiner l'application pratique de cette circulaire, qui concerne environ 300 personnes, dont quelque 200 ambassadeurs. Si le résultat est positif, les ministères pourront apprécier les conséquences "y compris sur un plan disciplinaire" et orienter les consommateurs "vers des structures de soins". Les ministres veilleront à ce que les agents concernés aient des "garanties" pour pouvoir demander "une contre-expertise" ou pour la "protection" de leurs données personnelles, le tout en "concertation avec les représentants du personnel".

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Réactions syndicales

Sollicitée par l'AFP, une représentante de la CGT pour la Fonction publique d'État, Sylvie Aebischer, n'a pas souhaité commenter, pointant le "besoin de parler d'abord salaires et conditions de travail". Pour sa collègue de la CFDT Fonction publique, Laure Revel, il s'agit d'un "problème de santé publique qui n'est pas lié à la haute fonction publique". Elle se demande aussi "pourquoi prendre une circulaire alors qu'il existe des instances pour évaluer ces risques" et s'interroge sur la "faisabilité" des dépistages.