Sécurité à Bordeaux : la polémique sur l'armement de la police municipale divise la campagne
Sécurité à Bordeaux : polémique sur l'armement de la police municipale

La sécurité, enjeu majeur de la campagne municipale bordelaise

L'insécurité s'impose comme un thème incontournable de la campagne électorale à Bordeaux, où la décision du maire écologiste Pierre Hurmic d'armer une partie de la police municipale a fait voler en éclats certains a priori tout en suscitant de vives critiques de toutes parts. Cette mesure est qualifiée de « demi-mesure » par la droite, tandis qu'elle représente une ligne rouge pour la gauche, notamment pour La France insoumise Bordeaux.

Le débat lancé par des données controversées

La campagne avait été lancée dans la torpeur de l'été 2025 par le « brevet sécuritaire » décerné par le site Ville-Data, qui avait désigné Bordeaux comme « ville la plus dangereuse de France ». Un tir nourri contre la municipalité écologiste, accusée de tous les maux. À la rentrée de septembre, Pierre Hurmic a dénoncé une « fake news », mais les dégâts étaient déjà nombreux, alimentant l'idée d'une ville déliquescente.

Or, comme le journal « Sud Ouest » l'a révélé, des indicateurs majeurs manquaient à l'appel dans les données de Ville-Data : les homicides, les vols avec armes, le trafic et l'usage de stupéfiants n'étaient pas pris en compte. Pourtant, Bordeaux affiche une baisse de 4,5 % du nombre total d'infractions entre 2019 et 2024, un chiffre souvent repris par le maire sortant. Le bilan de la neuvième ville de France apparaît ainsi contrasté, mais pas caricatural.

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Les chiffres contrastés de la délinquance

L'analyse des données révèle des évolutions divergentes :

  • Les vols à la roulotte ont augmenté de 23 % en cinq ans
  • Les violences sexuelles ont progressé de 58,7 %
  • L'usage de stupéfiants a augmenté de 32,8 %
  • Les vols avec armes ont bondi de 61 % (même si leur nombre absolu reste faible)

À l'inverse :

  • Les vols sans violences contre personne (pickpocket notamment) ont chuté de 16,7 %
  • Les vols violents sans arme ont diminué de 35,2 %
  • Les violences physiques hors-cadre familial ont reculé de 12,3 %

L'armement de la police municipale : une mesure pragmatique ?

Pierre Hurmic n'a cessé de revêtir son habit de maire « pragmatique », se définissant comme « ni shérif ni naïf ». À son actif : la conversion à l'armement de 57 agents de la brigade d'appui et de sécurisation, ainsi que l'augmentation des effectifs de la police municipale de 138 à 199 agents depuis 2020. Marc Etcheverry, adjoint à la sécurité, précise qu'il s'agit de postes prévisionnels « ouverts au compte administratif », sans communication sur les postes pourvus car « ça évolue bien vite, et très positivement pour nous ».

Le programme d'Hurmic prévoit la poursuite du recrutement, de nouvelles brigades territorialisées et des caméras de vidéoprotection « là où c'est nécessaire ». Mais les critiques s'abattent sur le mandat qui s'achève.

Les propositions de l'opposition : entre surenchère et alternatives

À droite, le député macroniste Thomas Cazenave, candidat de la droite et du centre, qualifie les mesures d'Hurmic de « demi-mesures » et propose un « plan Marshall de la sécurité » incluant :

  1. Le rétablissement de l'éclairage public « toute la nuit »
  2. Un objectif de 300 policiers municipaux
  3. L'armement de « toute la police »
  4. Un maillage de vidéoprotection étoffé
  5. La création d'une « caserne de police municipale » du côté de Saint-Michel et des Capucins

L'économiste Philippe Dessertine martèle sa « tolérance zéro » pour les incivilités et le trafic de stupéfiants, avec des moyens conséquents : 300 policiers municipaux (« objectif minimum »), 1 000 caméras de vidéoprotection (contre 251 à la mi-2025), pour un budget annuel de 80 millions d'euros, soit le quintuple du budget actuel.

Julie Rechagneux, candidate du Rassemblement national, cible les faits « qui pourrissent la vie des gens » comme les vols dans les véhicules et les violences sexuelles. Elle propose l'augmentation des effectifs et le triplement de la vidéoprotection, affirmant que « tant que l'État n'assumera pas cette sécurité, les maires en ont la responsabilité ».

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Virginie Bonthoux Tournay, candidate Reconquête, face au « déni total du maire actuel », affiche les mêmes ambitions avec un « renforcement massif » de la police municipale et des patrouilles « intensifiées » jour et nuit.

Les critiques de gauche : désarmer la police municipale

Nordine Raymond, tête de liste LFI, prône une approche différente : « Il y a des problèmes de tranquillité publique, c'est une certitude, mais il faut apaiser ce débat-là ». Il propose une police de proximité fondée sur l'îlotage et la légalisation du cannabis pour vider « cette économie parallèle » de son pouvoir d'« attractivité ». Surtout, il entend « désarmer » la police municipale, considérant que le « maintien de l'ordre » est l'apanage de la police nationale. Cette position constitue une ligne rouge qui pèsera dans l'éventualité d'une main tendue à Pierre Hurmic.

La dénonciation de la « surenchère sécuritaire »

Philippe Poutou, candidat NPA L'Anticapitaliste, dénonce la « surenchère sécuritaire » qui caractérise selon lui le débat : « 400 policiers, 2 000 caméras, et on ne parle plus de coût. Pour l'éducation, le social, il n'y a pas d'argent, et là, il y a de l'argent. Mais de quelle insécurité parle-t-on ? De la précarisation, des logements insalubres, ou de la logique des dominants, ceux qui veulent sauver leur ordre ? »

Petra Bernus, candidate trotskiste (Révolution permanente), a repris ce balayage en règle lors d'un débat devant les étudiants de Sciences-Po : « Vos bleus, vous pouvez les garder puisqu'ils font partie du problème », a-t-elle asséné, pointant notamment l'« instrumentalisation de la cause féminine pour justifier votre tour de vis sécuritaire ». Des propos accueillis sous les applaudissements nourris.

Le débat sur la sécurité à Bordeaux révèle ainsi des fractures profondes entre différentes visions de l'ordre public, entre approche pragmatique, surenchère sécuritaire et critique radicale du modèle policier, dans une campagne municipale où chaque candidat tente de marquer son territoire sur cet enjeu sensible.