Le chef des Républicains refuse toute consigne de vote pour le second tour niçois
Bruno Retailleau, président des Républicains (LR), a clairement refusé mercredi d'apporter son soutien au maire sortant Christian Estrosi (Horizons) pour le second tour des élections municipales à Nice. Cette position intervient malgré la présence de plusieurs candidats LR sur la liste d'Estrosi, qui affronte l'ancien président des Républicains Eric Ciotti, désormais allié du Rassemblement national (RN).
Une campagne qualifiée de "délétère" par le patron de LR
Sur les antennes de BFMTV-RMC, l'ancien ministre de l'Intérieur a expliqué sa décision en pointant du doigt le caractère particulièrement conflictuel de cette campagne électorale. "On avait un accord national avec Horizons notamment, qui comprenait Nice, mais cette campagne a été délétère", a-t-il affirmé sans ambages. Bruno Retailleau a particulièrement critiqué ce qu'il appelle "l'appel à la gauche et au communautarisme" de la part du maire sortant, des orientations qui le mettent profondément mal à l'aise.
Le chef des Républicains a donc choisi de laisser les électeurs décider "en leur âme et conscience", refusant catégoriquement de donner des consignes de vote dans ce contexte tendu. "Je ne donne pas de consignes dans les conditions de cette campagne absolument délétère dans laquelle je ne me retrouve pas, ni d'un côté ni de l'autre", a-t-il martelé, réitérant au passage sa "condamnation" de la stratégie d'Eric Ciotti qui s'est allié avec le RN il y a deux ans pour former ce qu'il nomme "l'union des droites".
Réactions immédiates et contexte électoral niçois
Eric Ciotti a rapidement réagi à ces déclarations auprès du Figaro, remerciant Bruno Retailleau "d'avoir condamné la campagne délétère de Christian Estrosi et de retirer son soutien au candidat macroniste". Cette prise de position intervient dans une campagne municipale niçoise particulièrement brutale, marquée par des accusations réciproques, des petites phrases assassines et des transfuges politiques.
Christian Estrosi, ancien LR passé chez Horizons (le parti d'Edouard Philippe) en 2022 et maire de Nice depuis 2017, a été devancé au premier tour dimanche par son rival Eric Ciotti. Le candidat de l'Union des droites et du RN a recueilli 43,43% des suffrages exprimés, loin devant Christian Estrosi qui n'a obtenu que 30,92%. Une troisième candidate, Juliette Chesnel-Le Roux, représentant la gauche et les écologistes avec 11,93% des voix, a également franchi la barre des 10% nécessaire pour se qualifier pour le second tour du dimanche 22 mars. Elle a finalement refusé la main tendue par Christian Estrosi pour une fusion des listes et se présentera donc seule devant les électeurs niçois.
Condamnations plus larges des alliances politiques
Bruno Retailleau a profité de cette intervention pour s'en prendre à nouveau à ce qu'il appelle "les accords de la honte" entre la gauche et La France Insoumise (LFI). "Le PS et les écologistes en France ont inventé en réalité l'antisémitisme à géométrie variable", a-t-il déploré, soulignant les contradictions entre le refus d'un accord national avec le parti de Jean-Luc Mélenchon et les alliances locales conclues dans des villes comme Nantes, Lyon, Toulouse ou Strasbourg.
Le président des Républicains a également reproché au parti de Jordan Bardella de "faire gagner la gauche contre la droite" en maintenant ses candidats au second tour dans plusieurs villes, citant notamment les exemples de Gap, Brest, Fougères, Alençon ou encore Limoges. "Et en même temps, ils nous demandent de nous retirer ?", s'est interrogé Bruno Retailleau, rejetant ainsi la "main tendue" à LR par Jordan Bardella au soir du premier tour.
Menace d'exclusion pour les alliances avec l'extrême droite
Interrogé sur les rares cas d'alliances locales entre des candidats LR et le Rassemblement national, comme à Brie-Comte-Robert en Seine-et-Marne, le patron des Républicains a réitéré avec fermeté que les membres de sa famille politique seraient exclus s'ils s'entendaient avec l'extrême droite. Cette position de principe maintient ainsi une ligne claire de distinction entre la droite républicaine et les formations d'extrême droite, malgré les recompositions politiques en cours.
Cette prise de position intervient dans un contexte national où les alliances électorales font l'objet de vifs débats au sein de la droite française, entre ceux qui prônent une fermeté républicaine et ceux qui envisagent des rapprochements tactiques avec d'autres formations. La position de Bruno Retailleau semble ainsi vouloir réaffirmer l'identité propre des Républicains dans le paysage politique français.



