Rapport choc sur l'audiovisuel public : fusions, suppressions et économies drastiques
Rapport choc sur l'audiovisuel public : fusions et économies

De sa genèse jusqu'aux préconisations sévères de son rapport rédigé par le député UDR de l'Hérault Charles Alloncle, la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public a suscité de vives polémiques. Fusionner des chaînes de radio et de télévision publiques, ou en supprimer d'autres, couper drastiquement dans certains budgets, ou nommer les PDG de Radio France et France Télévisions par le président de la République : sous la plume de son rapporteur, le député UDR de l'Hérault Charles Alloncle, la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public débouche sur une liste de préconisations souvent radicales.

Une commission d'enquête polémique

Dès son origine, cette commission d'enquête, initiée par l'UDR, le parti d'Éric Ciotti, allié du Rassemblement national, a suscité un intérêt comme nulle autre avant elle. Tant par son sujet que par la notoriété des personnalités entendues. Une attention qui a très vite pris un tour polémique, dès lors que les audiences de certaines d'entre elles (Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, entre autres) se sont déroulées dans un climat électrique. Ces audiences étaient menées par Charles Alloncle, qui donna rapidement l'impression, ainsi que ses détracteurs l'ont dénoncé, que sa conviction était faite et qu'il s'employait surtout, au cours de ces échanges (dont il donnait des extraits, via des montages, publiés sur son compte X), à vilipender l'audiovisuel public.

Charles Alloncle visé par une plainte

Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, est visé par une plainte déposée ce samedi 2 mai devant le parquet national financier à Paris par l'association AC !! anticorruption. Une plainte pour, selon Le Monde, "prise illégale d'intérêts" et "trafic d'influence passif", alors que dans cette même plainte, Lagardère News est visé pour "trafic d'influence actif". Selon cette association, Charles Alloncle aurait influencé la teneur des débats durant les travaux de la commission en posant des questions qui auraient été suggérées par Lagardère News. Selon Le Figaro, le député de l'Hérault reconnaît avoir reçu des questions "de Lagardère News", mais il relève que ces questions ont été envoyées à d'autres députés, dont le président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus. Ce dernier avait confirmé au Monde avoir "reçu un e-mail de questions, au début de la commission d'enquête", avant d'assurer mardi sur France Inter qu'il avait "immédiatement demandé que cela s'arrête, considérant qu'il y avait un risque d'ingérence".

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Des auditions qui ne doivent pas se transformer en "tribunal politique" avait d'ailleurs tonné le président de la Commission, Jérémie Patrier-Leitus, avant de carrément finir par suspendre ces séances abrasives fin 2025. Ce qui n'empêcha, aussitôt reprises, les tensions de persister (avec Elise Lucet, Nagui, ou Xavier Niel). Et ce jusqu'à l'adoption in extremis de la publication du rapport (12 députés pour, dix contre, huit abstentions) le 27 avril. Cité par Le Monde, le député LFI Aurélien Saintoul avait alors assuré : "Nous engagerons la bataille ligne après ligne pour montrer l'incohérence des propos." La socialiste Ayda Hadizadeh avait ajouté : "L'Assemblée nationale doit être crédible."

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Les principales préconisations

Que contient donc ce rapport dont certains élus ont dit à mots couverts avoir aidé à permettre sa publication pour ne pas offrir aux médias Bolloré l'opportunité d'une campagne de victimisation ? Si l'on ne connaîtra que ce mardi 5 mai l'intégralité des 80 mesures qu'il préconise, Le Figaro en dévoilait dès lundi les plus emblématiques. Parmi lesquelles les fusions de France 2 et France 5, de Franceinfo et France 24, des réseaux France 3 Régions et ICI (France Bleu) suscitent déjà de vives critiques. Les suppressions des chaînes France 4, le Mouv' et Slash figurent également au rang des priorités. Autre objectif annoncé : un milliard d'euros d'économies, soit plus d'un quart du budget de l'audiovisuel public. Des économies que le rapport envisage notamment via la réduction de trois quarts du budget des jeux et des divertissements de France Télévisions et d'un tiers son budget sport. Enfin, la nomination des PDG de France Télévisions et de Radio France par le président de la République fait également, déjà, grincer des dents.

Et maintenant, quelles suites ?

"Charles Alloncle veut recréer l'ORTF", s'était insurgé dans Le Figaro le député MoDem Erwan Balanant, après le vote autorisant la publication du rapport. La piste inédite d'un "contre-rapport" avait alors été suggérée. Les syndicats ne ménagent déjà pas leurs critiques, et ils étaient nombreux, lundi, tous partis politiques, à attendre la publication de l'intégralité du rapport avant d'accepter de se prononcer sur ce sujet brûlant. Cependant, la ministre de la Culture Catherine Pégard a réagi dès ce lundi dans Le Figaro, laissant entendre qu'il est "nécessaire de faire des économies et certains programmes seront touchés". Et questionnée sur d'éventuelles suppressions de chaînes, elle a répondu : "Je ne pense pas que ce soit là une formule efficiente." Reste Charles Alloncle lui-même, probablement le grand gagnant de la séquence, lui dont le taux de notoriété a explosé lors du dernier semestre. Le JDD, où il est adulé, le disait ce dimanche dans les starting-blocks pour prendre la succession d'Éric Ciotti à la tête du groupe UDR à l'Assemblée nationale.