Ce lundi, le rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, Charles Alloncle (UDR), a prévenu qu'il refuserait tout « chantage » de la part de députés, avant le vote dans la journée sur la publication ou non de ses travaux. « Je ne me soumettrai pas à ce chantage qui consiste à supprimer des pans entiers », a-t-il déclaré sur RMC.
Le député d'extrême droite faisait référence à certains élus de gauche et du bloc central qui lui reprochent le ton employé dans le rapport, et même des mensonges. Les membres de la commission d'enquête doivent trancher à huis clos à partir de 14h30 pour rendre public ou non ce rapport.
Le député crie à la censure
« Ce sont des gens qui ont un problème fondamental avec la démocratie et le pluralisme qui, jusqu'au bout, feront tout pour essayer de censurer la vérité et aussi faire preuve de la plus grande opacité », a-t-il dénoncé. Cependant, « je fais confiance, quels que soient les bords politiques, à un sens de la responsabilité des députés. Je pense qu'ils voient que, massivement, les Français sont pour la publication de ce rapport et quelque chose me dit qu'à la fin on arrivera à trouver un terrain d'entente », a ajouté Charles Alloncle.
Des tentatives d'ingérence du groupe Bolloré
Interrogé sur les révélations du journal Le Monde concernant un lobbying auprès des députés venant du groupe Lagardère News, dans le giron de Vincent Bolloré, le rapporteur a estimé que ce type de pratique, « c'est vieux comme l'Assemblée ». Il a confirmé avoir reçu, comme d'autres membres de la commission d'enquête, une série de questions à poser aux personnes auditionnées de la part de Lagardère News (JDD, Europe 1…). C'est une méthode courante, selon lui. Quant au milliardaire conservateur Vincent Bolloré, « je ne le connais pas », a assuré Charles Alloncle.
Dans une interview au Monde, et en lien avec ces questions envoyées par Lagardère News, le président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a estimé que « des éléments concordants accréditent des tentatives d'ingérence inédites dans une commission d'enquête parlementaire ». « A ce stade », il n'en dit pas davantage, dans l'attente de la réunion de la commission lundi.
Entre « manipulations » et « mensonges »… un rapport très critiqué
Dans une déclaration, Radio France, cible de certaines des questions suggérées par Lagardère News, a appelé à « faire toute la lumière sur des collusions éventuellement à l'œuvre avec des acteurs directement intéressés à la déstabilisation de l'un de leur concurrent ». Interrogé sur RTL, le député MoDem Erwan Balanant a également été très critique envers le document : « Ce rapport n'est pas bon. À l'image des auditions, il y a des mises en cause personnelles qui n'ont rien à faire dans un rapport parlementaire. Des manipulations de chiffres qui sont complètement éhontées. Il y a plein de choses qui sont très dérangeantes dans ce rapport. »
D'autres élus ont dénoncé un « ton » problématique, évoquant des « attaques ad hominem », des « insinuations » voire des « mensonges ». Céline Calvez, députée Renaissance, a par exemple expliqué auprès de l'AFP hésiter, refusant de « laisser passer ce qui est faux », tout en craignant d'alimenter l'idée d'un rapport dissimulé.
Suppression de chaînes et de la radio Mouv'
Le rapport de Charles Alloncle et ses préconisations doivent être soumis au vote des 30 députés membres de la commission d'enquête lundi après-midi, après plus de quatre mois de travaux sous haute tension. Un vote favorable est nécessaire pour que le rapport soit rendu public une semaine plus tard. Plusieurs mesures préconisées par l'élu du parti d'Éric Ciotti ont été évoquées vendredi dans la presse, dont la suppression de la chaîne jeunesse France 4 et de la radio Mouv', ainsi qu'une fusion de France 2 et France 5.
L'ensemble des mesures d'économies préconisées viseraient à dégager plus de un milliard d'euros, soit un quart des crédits alloués par l'Etat à l'audiovisuel public. Pour éviter les tensions, et les soupçons de censure, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, va proposer de maintenir en ligne les vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux et les comptes rendus dans « un souci de transparence vis-à-vis des Français et de cohérence ».



