Le Parti socialiste, empêtré dans ses rivalités internes et ignorant encore qui le représentera à la présidentielle, dispose néanmoins d’un programme. Un nouveau corpus visant à marquer sa différence avec les Insoumis et à se réancrer à gauche a été présenté par l’eurodéputée chargée de sa coordination.
Un parti en quête d’unité
Au PS, on s’écharpe sur le « qui » pour représenter le parti à la rose à la présidentielle. Dernier épisode en date, le Landais Boris Vallaud, patron des députés socialistes, a claqué la porte de la direction du parti. François Hollande, qui s’assume social-démocrate, est en embuscade. Le courant Olivier Faure a dévoilé le 22 avril son programme baptisé Vivre Libre. Ce document contient 600 propositions pour donner une colonne vertébrale idéologique qui faisait défaut. Chloé Ridel, eurodéputée et coordinatrice nationale à la refondation du projet du PS, est venue le présenter cette semaine aux militants de Gironde.
Un socialisme pour le XXIe siècle
Interrogée sur ce qui définit le socialisme du XXIe siècle, Chloé Ridel répond : « C’est un socialisme qui prend conscience que le monde a changé : montée de l’autoritarisme, recul de la démocratie, une forme plus agressive de capitalisme, un monde où des pays essaient de s’approprier des ressources essentielles par la force. On entre dans une nouvelle phase de l’histoire. L’enjeu est de défendre la démocratie, les intérêts des classes moyennes et populaires face à ce capitalisme de prédation. C’est aussi un socialisme écologique. C’est un retour aux sources de notre engagement : transformer l’ordre économique et social en profondeur. »
Elle ajoute : « Le monde qui a vu naître la social-démocratie a disparu. Je préfère parler de socialisme démocratique et affirmer une radicalité face au capitalisme de prédation. »
La liberté comme mot d’ordre
Le programme s’appelle Vivre Libre, plaçant la liberté au cœur du projet. « Nous reprenons à la droite et à l’extrême droite le combat pour la liberté qu’elles défigurent. La liberté de pouvoir choisir sa vie. Une vie digne où l’on peut travailler, se loger, se déplacer, s’éduquer… S’émanciper. La droite et l’extrême droite n’ont que le mot liberté à la bouche. Elles construisent la liberté pour quelques-uns. Le libéralisme construit la domination. Nous défendons une liberté réelle partagée par tous à travers des politiques de justice, de redistribution, une puissance publique forte. »
Sécurité : un sujet à reprendre
Sur les questions de sécurité, sujet sur lequel la gauche a péché par candeur, Ridel déclare : « L’extrême droite ne parle de sécurité que sous l’angle de l’immigration. Elle ne dit rien de l’insécurité sociale que l’on vit dans un désert médical – 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant – ; de la sécurité environnementale quand on est confronté aux inondations, aux sécheresses… La sécurité, il faut en parler au pluriel. On doit reprendre ce sujet des mains de l’extrême droite et de la droite. Les socialistes, par leur histoire, ont toujours cherché à mettre en avant la sécurité des individus face aux risques de la vie, l’héritage de la sécurité sociale. »
Concernant la sécurité des biens et des personnes, elle précise : « Nous avons des maires partout en France qui sont au rendez-vous pour la sécurité des habitants. Nous assumons une politique de sécurité pour un ordre juste. L’un des axes est le retour de la police de proximité. Mais aussi un volet prévention de la délinquance plus ambitieux. Il y a aussi un sujet qui monte, celui de la cybersécurité. »
Un programme fiscal ambitieux
Taxe Zucman, impôts, héritage au-dessus de 200 000 euros, smic à 1 690 euros, limitation de 1 à 20 des écarts de salaire en entreprise… Le programme marque un coup de barre à gauche avec un fort tropisme fiscal. « Nous défendons des états généraux de la justice fiscale. C’est nécessaire dans un pays où la richesse se concentre dans les mains de quelques-uns. On s’enrichit davantage en héritant qu’en travaillant toute sa vie. D’ici à 2040, 9 000 milliards de patrimoine vont être transmis, c’est inédit dans notre pays. Il faut rétablir de la justice dans la fiscalité de l’héritage. »
Se différencier de Jean-Luc Mélenchon
Interrogée sur la comparaison avec Jean-Luc Mélenchon, Ridel affirme : « L’avenir du Parti socialiste se situe dans une offre de gauche qui porte une radicalité de vision et une volonté de transformation sociale, écologique, avec une méthode : la discussion démocratique, la recherche du compromis. Avec le souci du réel. Ce qui nous différencie de Jean-Luc Mélenchon, qui donne dans la radicalité pour la radicalité. Sans aucun souci pour la faisabilité de ce qu’il propose et avec un fonctionnement qui n’apparaît pas démocratique. »
Ce programme a vocation à être porté par un candidat en 2027, mais pour l’heure, le PS n’en a pas.



