À Mayotte, le port de Longoni, infrastructure stratégique pour l'île, est devenu le théâtre de vives rivalités politiques. La gestion de ce port, confiée à une société privée, est au centre d'accusations de favoritisme et de mauvaise gestion, cristallisant les tensions entre les élus locaux et l'État.
Une gestion contestée
Depuis plusieurs mois, la gestion du port de Longoni est contestée par une partie de la classe politique mahoraise. Des voix s'élèvent pour dénoncer un manque de transparence dans l'attribution des marchés et des conditions de travail précaires pour les employés. Le conseil départemental de Mayotte, présidé par Ben Issa Ousseni, a ouvert une enquête interne pour faire la lumière sur ces allégations.
Selon des documents consultés par Le Monde, la société gestionnaire, la Société de gestion du port de Longoni (SGPL), aurait bénéficié de conditions particulièrement avantageuses, notamment des exonérations fiscales et des subventions publiques, sans que les retombées économiques pour l'île soient à la hauteur des attentes.
Des rivalités politiques exacerbées
Cette affaire intervient dans un contexte politique déjà tendu à Mayotte. Les élections départementales de 2025 ont vu l'émergence de nouvelles forces politiques, et la gestion du port est devenue un enjeu électoral majeur. Le député de Mayotte, Mansour Kamardine, a interpellé le gouvernement sur ce dossier, dénonçant une « gestion opaque » et appelant à une « remise à plat » du contrat de concession.
De son côté, le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, a tenté d'apaiser les tensions en annonçant la mise en place d'une mission d'inspection. Mais cette annonce n'a pas suffi à calmer les esprits. Les syndicats, qui dénoncent des conditions de travail dégradées et des licenciements abusifs, ont appelé à une grève illimitée à partir du 1er juillet.
Un enjeu économique majeur
Le port de Longoni est le principal point d'entrée des marchandises à Mayotte. Il joue un rôle crucial dans l'approvisionnement de l'île, qui dépend à plus de 80 % des importations. Une perturbation de son activité aurait des conséquences désastreuses sur l'économie locale, déjà fragilisée par la crise du logement et le chômage de masse.
Les élus locaux sont conscients de cet enjeu. Certains appellent à une « reprise en main » du port par la collectivité, tandis que d'autres plaident pour une renégociation du contrat avec la SGPL. Le gouvernement, lui, semble vouloir temporiser, redoutant les conséquences politiques d'une décision radicale.
Vers une solution négociée ?
Face à l'ampleur de la crise, une table ronde a été organisée le 18 juin à la préfecture de Mayotte, réunissant l'ensemble des parties prenantes : élus, représentants de l'État, direction de la SGPL et syndicats. Les discussions ont permis d'avancer sur certains points, notamment la révision des conditions de travail et la mise en place d'un comité de suivi.
Mais pour beaucoup, ces mesures restent insuffisantes. Le député Kamardine a réclamé « des actes forts », comme la résiliation du contrat de concession si les irrégularités sont confirmées. Le président du conseil départemental, Ben Issa Ousseni, a quant à lui évoqué la possibilité d'une « gestion publique » du port.
L'avenir du port de Longoni reste donc incertain. Entre enjeux économiques, rivalités politiques et aspirations sociales, l'île de Mayotte cherche une issue à cette crise qui menace son développement.



