L'ancienne ministre du Travail Muriel Pénicaud a vivement critiqué, mardi 21 juillet, le tour de vis annoncé par le gouvernement sur le compte personnel de formation (CPF). Selon elle, cette réforme réduirait l'autonomie des salariés et freinerait l'accès à la formation professionnelle.
Une réforme jugée trop restrictive
Dans un entretien accordé au Monde, Muriel Pénicaud estime que les nouvelles mesures, qui prévoient notamment un plafonnement des droits et un contrôle renforcé des organismes de formation, vont à l'encontre de l'esprit du CPF. « Le CPF a été conçu pour donner plus de liberté aux salariés, pour qu'ils puissent choisir leur formation en fonction de leurs besoins. Avec ce tour de vis, on revient en arrière », a-t-elle déclaré.
L'ancienne ministre, qui a porté la réforme du CPF en 2018, souligne que le dispositif a permis à plus de 2 millions de personnes de se former chaque année. Elle craint que les nouvelles restrictions ne réduisent ce nombre de manière significative.
Un désaccord sur le financement
Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de maîtriser les dépenses et de lutter contre les abus. Selon le ministère du Travail, le CPF a généré un déficit de 1,2 milliard d'euros en 2025, principalement en raison de la multiplication des formations courtes et peu qualifiantes. Muriel Pénicaud conteste cette analyse : « Le déficit est lié à un manque de pilotage, pas à une générosité excessive du dispositif. Il faut mieux contrôler, pas restreindre l'accès. »
Elle propose plutôt de renforcer l'information des salariés sur les formations éligibles et d'améliorer la qualité des formations proposées, plutôt que de réduire les droits.
Un impact sur les plus précaires
Muriel Pénicaud met en garde contre les conséquences sociales de la réforme. « Les premiers touchés seront les salariés les moins qualifiés, ceux qui ont le plus besoin de formation pour évoluer professionnellement. Le CPF est un outil de justice sociale, il ne faut pas le fragiliser », insiste-t-elle.
Selon les chiffres du ministère, 60 % des utilisateurs du CPF sont des ouvriers ou des employés, et 40 % d'entre eux n'ont pas le baccalauréat. La réforme pourrait donc pénaliser les publics les plus vulnérables.
Une opposition politique
Plusieurs syndicats et associations de formation se sont également opposés au projet. La CFDT a dénoncé « une régression sociale », tandis que la Fédération de la formation professionnelle a alerté sur les risques de « casse du secteur ». Le gouvernement devrait présenter le projet de loi en septembre, avec l'objectif d'une entrée en vigueur début 2027.



