Marseille : Benoît Payan lance sa contre-offensive face au RN et à ses adversaires
La patience est une vertu politique, et Benoît Payan en a fait la démonstration. Convaincu qu'une annonce prématurée aurait nui à sa dynamique, le maire de Marseille a attendu le 10 janvier pour officialiser sa candidature à sa propre succession. Durant tout l'automne, l'édile a observé avec attention les manœuvres de ses adversaires, écouté les déclarations de candidature, et encaissé les critiques violentes contre son action municipale. Une stratégie qui a parfois laissé le champ libre à ses opposants pour occuper l'espace médiatique.
De la tortue au lièvre : l'accélération de la campagne
Depuis son entrée officielle dans la course, le rythme s'est considérablement accéléré. La tortue s'est transformée en lièvre, et Benoît Payan est désormais déterminé à occuper tout l'espace politique. « L'empire contre-attaque ! », plaisante-t-on dans son entourage, en référence à sa passion pour Star Wars. Au 41 de La Canebière, où le candidat s'apprête à inaugurer son quartier général, les militants s'activent pour livrer le matériel de campagne. Les murs sont déjà recouverts d'affiches aux couleurs vives à son effigie.
Attablé dans le sous-sol, cet homme que l'on décrit parfois comme un faux timide enchaîne les verres de Coca et détaille sa contre-offensive. « Mes adversaires tirent dans le vide. Vous croyez qu'insulter les gens, ça constitue un programme ? », lance-t-il avec véhémence au magazine Le Point.
Le RN, adversaire principal et cible privilégiée
Du Rassemblement national à La France insoumise, le maire sortant est la cible de toutes les attaques. Martine Vassal, la présidente DVD de la métropole, a dénoncé une ville « laissée à vau-l'eau pendant six ans ». Sébastien Delogu, candidat LFI, a fustigé un « échec global » de la « gauche molle ». Renaud Muselier, président Renaissance de la région, a affirmé en août dernier que Payan « n'a rien initié pour la ville ». La dernière salve est venue de Marine Le Pen elle-même, venue soutenir son candidat Franck Allisio le 16 janvier, accusant la majorité de Benoît Payan de n'avoir « fait que renforcer l'insécurité de la ville ».
Pour le maire de Marseille, qui dirige une coalition de gauche, le véritable adversaire est clairement le candidat du parti de Jordan Bardella, donné au coude-à-coude avec lui au premier tour dans les sondages. « Je sens que mon combat va être contre le RN », prédit Payan, le visage grave. « Pour la première fois, cette ville risque la fracture. C'est historique. » L'ancien socialiste estime que Franck Allisio n'est « pas candidat pour Marseille mais pour un parti, pour les ambitions de M. Bardella ». Il alerte : « Le RN est l'anti-Marseille, l'anti-France. Au RN, ils se disent patriotes mais ils ne sont que nationalistes. Je suis patriote, mais contre tous les nationalismes ! »
Cette montée du candidat mariniste inquiète même dans les rangs de Renaissance. Un élu macroniste connaissant bien la ville soupire : « Allisio peut faire une percée monumentale au premier tour. »
Martine Vassal reléguée et la conquête du centre
Cette situation relègue pour l'instant Martine Vassal à l'arrière-plan, annoncée à la troisième place dans les sondages. Benoît Payan, en costume bleu marine et cravate en maille, n'épargne pas la présidente de la métropole, qu'il accuse de « courir derrière le RN ». Si Martine Vassal a martelé qu'il n'était « en aucun cas question d'une alliance avec les extrêmes », elle a suscité des remous dans son propre camp en décembre, en répondant « On verra à ce moment-là » sur Sud Radio à une question sur un éventuel rapprochement au second tour avec la liste de Franck Allisio.
« Quand on n'exclut pas de faire une alliance avec le RN, on trahit les valeurs de ce qu'est le gaullisme », grince Payan. « On fabrique soi-même une porosité importante. »
Défense du bilan sécuritaire et promesses
Lourdement attaqué par la droite sur le terrain sécuritaire dans une ville frappée par le narcotrafic, et accusé de retard sur la vidéosurveillance en début de mandat, Benoît Payan se défend vigoureusement. « Sur la sécurité, je ne crois pas avoir à me justifier de quoi que ce soit, le bilan parle tout seul ! J'ai doublé les effectifs de la police municipale. » Pour un éventuel second mandat, l'ex-socialiste promet de doubler à nouveau ce contingent et d'installer des commissariats municipaux dans tous les arrondissements. Il invite ceux qui l'attaquent à « balayer devant leur porte », en référence aux années de gouvernance de la droite sous Jean-Claude Gaudin.
Dans l'équipe de Payan, on fait le pari que l'orientation très à droite de la campagne de Martine Vassal ouvre un espace au centre. « Vassal a fait le choix de mener une campagne très à droite et donc d'abandonner les centristes », souffle-t-on. Les soutiens de Payan ont noté que, dans un récent sondage OpinionWay, leur champion récolte 30 % des voix des électeurs marseillais d'Emmanuel Macron du premier tour de 2022. Une part de marché à capitaliser. « Je ne segmente pas les gens », répond prudemment Payan. « Je suis évidemment le candidat du rassemblement de la gauche, des humanistes, des progressistes, mais je gère ma ville et toute ma ville. »
L'équilibre délicat avec la gauche et les attaques contre Delogu
Benoît Payan, baron noir rusé derrière ses envolées passionnées sur la littérature, marche sur un fil. D'un côté, celui qui a su travailler avec Emmanuel Macron sur le plan Marseille en Grand a tout intérêt à séduire l'électorat centriste. De l'autre, il ne peut se permettre de négliger son aile gauche, au risque de voir Sébastien Delogu, le candidat Insoumis, prendre de l'ampleur. Dans son équipe, on rêve même, avec un optimisme certain, de reléguer le turbulent député LFI sous les 10 %, le seuil d'accession au second tour.
Benoît Payan, qui promet de créer une mutuelle municipale et d'augmenter de 100 à 150 euros l'aide de rentrée aux familles pour les fournitures scolaires, n'épargne pas non plus ce concurrent. « 80 % de ce qui est dans son programme, on l'a déjà fait ! Pour le reste, les Marseillais peuvent juger ce qui relève de la fantaisie… » Dans son viseur, le refus mentionné dans le programme de Sébastien Delogu de « l'armement létal » de la police municipale, une position qualifiée de « dangereuse » par Payan.
Quant à l'épineuse question du second tour en cas de qualification de Delogu, Payan, accusé par la droite d'ambiguïté, reste évasif. « En faisant cavalier seul, Sébastien Delogu n'a pas saisi l'enjeu historique qui est devant nous », grince l'édile. « Il a pris la responsabilité de diviser, c'est un choix qu'il va assumer du début à la fin… » Marine Tondelier, venue soutenir Payan malgré des relations parfois tendues avec les Écologistes, s'est montrée bien plus prudente devant les caméras, prévenant : « Je ne répondrai à aucune question sur le second tour. »
Un second tour potentiellement explosif et un sprint final serré
Jusqu'à Paris, les états-majors des partis se préparent à un second tour particulièrement tumultueux à Marseille, où les rivalités politiques se transforment souvent en guerres de clans. Pour la gauche, perdre Marseille à quelques mois de la présidentielle aurait l'effet d'une déflagration et d'un sérieux désaveu, surtout en cas de victoire du RN. « Le match n'est pas plié pour Benoît », prévient un élu socialiste.
Résultat, hors de question pour Payan de jouer la sérénité traditionnelle du sortant. « En tant que candidat, on est toujours dans une position de challenger », assume-t-il. Le sprint final promet d'être extrêmement serré, dans une ville où chaque voix comptera pour éviter la fracture historique que redoute le maire sortant.



