Parité municipale : la nouvelle loi crée des incohérences dans les communes rurales
Parité municipale : des incohérences dans les communes rurales

Une réforme paritaire qui bouscule les traditions électorales rurales

Une harmonisation du mode de scrutin contraint désormais les communes de moins de 1 000 habitants à présenter des listes alternant strictement hommes et femmes. Cette obligation, déjà en vigueur pour les autres municipalités, vise à renforcer la parité dans ces conseils municipaux qui ne comptent actuellement que 37,6% de femmes. Cependant, cette mesure soulève d'importants problèmes de lisibilité et d'organisation pour de nombreux candidats, particulièrement en milieu rural.

Des maires candidats relégués en deuxième position

Frédéric Lataste, maire de Capian en Sud-Gironde, ne mâche pas ses mots : « La loi est mal faite ». Avec 809 administrés, sa commune est directement concernée par cette nouvelle réglementation. Pour la première fois, ces municipalités rurales – qui représentent 70% des communes françaises – doivent composer avec cette alternance parfaite entre hommes et femmes sur leurs listes électorales.

La situation crée une incohérence immédiate : Frédéric Lataste ne peut pas se déclarer en tête de liste, bien qu'il soit le candidat à la fonction de maire. « Sinon, il aurait fallu que j'élimine une femme », explique-t-il. Il compte huit femmes pour quinze sièges dans son conseil, ce qui l'a contraint à céder la première place à sa première adjointe.

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Un problème de lisibilité pour les électeurs

Cette configuration pose un véritable problème de compréhension pour les administrés. À Capian, où une seule liste se présentera, les électeurs glisseront dans l'urne un bulletin n'affichant pas le nom du futur maire en première position. Pour plus de clarté, Frédéric Lataste a dû ajouter après le nom de sa liste « Pour Capian » la mention « mené par Frédéric Lataste ».

« Le fait qu'il y ait cette alternance pourrait dérouter », confirme Mylène Morin, maire de Hure, qui se retrouve dans la même situation. Elle a dû prévenir son futur conseil pour s'assurer de son soutien et expliquer cette particularité aux administrés. Même à la sous-préfecture de Langon, au moment de déposer sa liste, un fonctionnaire s'est étonné : « Vous ne repartez pas ? » « L'alternance ne nous facilite pas la tâche », déplore l'élue.

Une quinzaine de candidats concernés en Sud-Gironde

Comme elle, au moins une quinzaine de candidats figurent en deuxième position de leur liste en Sud-Gironde. Valérie Bélis, maire d'Aubiac dans le Bazadais, qualifie cette situation d'« aberration ». « On a fait une réunion publique pour expliquer tout ça », raconte-t-elle. « Je veux rester maire, mais je suis numéro deux sur ma liste. »

Mireille Morlet, maire de Bourideys, estime quant à elle qu'il s'agit d'« un abus de réglementation ». Cette nouvelle contrainte lui a demandé un travail supplémentaire considérable : « J'ai dû recontacter tous mes conseillers afin de modifier les documents qu'ils avaient remplis pour y faire figurer une autre tête de liste. »

Des propositions pour améliorer le système

Pour Frédéric Lataste, une solution simple aurait consisté à permettre des listes au nombre pair, ce qui aurait évité cet écueil. Il vit cette évolution légale – qui s'accompagne de la suppression du panachage permettant auparavant de rayer des noms de la liste – comme un nouvel affront aux communes rurales.

« J'en veux à nos élus ruraux de ne pas nous avoir défendus au moins sur le panachage », s'indigne-t-il. « Les gens avaient l'impression de venir pour quelque chose. » Sans cet enjeu, et sachant qu'il n'y a plus de participation minimale pour être élu, il s'inquiète du taux de participation dans sa commune. « Je peux être élu avec dix voix. Si je suis élu avec 40% de participation, je serai triste. »

Une féminisation nécessaire mais une loi perfectible

Daniel Barbe, maire de Blasimon et président de l'Association des maires ruraux de la Gironde, préfère voir « le bon côté » avec « une féminisation du corps des élus ». Cependant, il reconnaît franchement : « Il y a des failles dans cette loi. Il va falloir que les associations appuient pour la faire évoluer. »

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Selon lui, une solution simple consisterait à ne pas prendre en compte la tête de liste dans cette contrainte d'alternance. Cette adaptation permettrait de maintenir l'objectif paritaire tout en préservant la lisibilité du scrutin pour les électeurs et la cohérence des candidatures.

Cette réforme, bien qu'introduite avec des intentions louables de promotion de l'égalité femmes-hommes, révèle ainsi les difficultés pratiques de son application dans le contexte spécifique des petites communes rurales, où les traditions électorales et les réalités démographiques créent des situations parfois paradoxales.