Cent jours. C’est le temps qu’il faut souvent pour quitter l’euphorie de l’élection et entrer pleinement dans la réalité du mandat. À l’occasion de ce cap symbolique, Var-matin est allé à la rencontre, dans l’Est-Var, des maires élus pour la première fois afin de recueillir leurs impressions, leurs premières émotions, leurs surprises et leur regard sur cette fonction si singulière. Aujourd’hui, rendez-vous avec Olivier Baïlé, élu à la tête de Fayence.
Dans son cabinet situé à l’étage de la nouvelle mairie, le nouveau maire a une vue imprenable sur la plaine et le territoire de sa commune. Mais, hormis cette lucarne verdoyante, les murs blancs et la décoration minimaliste donnent un ton austère à la pièce. Une ambiance studieuse qui invite à sauter à pieds joints dans cet entretien.
Une victoire surprise et sans parti
Il se murmure que vous aviez été surpris de gagner cette élection municipale face au maire sortant. Est-ce exact ? « En restant modeste, je vais faire mentir cette rumeur : plusieurs mois avant les élections, j’avais donné à mes colistiers le tiercé dans l’ordre. Cependant je dois avouer que je ne m’attendais pas à ces scores. J’envisageais un premier tour avec plus ou moins un tiers des voix chacun environ et des scores très proches. Même si on sentait qu’il se passait quelque chose, une volonté de changement, de dynamisme et d’une image différente. Ce qui est étonnant, c’est sans le soutien d’aucun parti et sans expérience politique préalable, nous avons été élus. Mais c’est, je pense, ce qui a plus et rassuré les électeurs. »
On imagine la joie de voir votre score en haut du tableau. Mais est-ce que vous avez aussi ressenti de l’appréhension à l’idée d’endosser l’écharpe ? « Oui, il y avait une sorte d’équilibre en euphorie et prise de conscience des responsabilités qui arrivent. Finalement les deux s’annulaient et j’étais quelque peu neutralisé par ces deux sentiments. D’ailleurs aujourd’hui encore j’ai l’impression d’être toujours en période d’essai. Parfois je croise des personnes qui me saluent en disant “bonjour Monsieur le maire” et il m’est arrivé de me retourner. »
Un emploi du temps de chef d’entreprise
Est-ce que votre nouveau « job » correspond à ce que vous en attendiez ? « Oui… en tout cas pour la partie communale. J’avais appréhendé le travail mais viens se greffer à cela l’intercommunalité où je suis vice-président aux finances. Ça, je m’y attendais également mais il y a aussi une participation dans nombre de commissions ou syndicats et ça, ça a été une petite découverte. Tout ça en plus de mon activité professionnelle que j’ai conservée. »
Comment arrivez-vous, justement, à jongler avec votre rôle de chef d’entreprise ? « Il faut être rigoureux sur son planning. J’ai instauré quatre jours fixes et pleins en mairie. Sans compter les déplacements et événements spécifiques. J’ai d’ailleurs participé à des formations dédiées aux élus en amont pour apprendre justement à organiser son emploi du temps. »
Est-ce une force ou une fragilité d’assumer ces deux fonctions à la fois ? « La vie de chef d’entreprise que j’ai eue jusqu’à présent m’a permis de prendre des habitudes de gestion, de management, d’organisation. Donc j’ai été assez à l’aise au moment de prendre cette charge d’élu. D’autant que je suis aidé par des équipes administratives très compétentes. D’ailleurs les audits que nous souhaitions réaliser vont être, en partie, réalisés par nos propres équipes. »
Une équipe d’adjoints aux compétences clés
Il se dit également que vous vous appuyez fortement sur votre 1er et 3e adjoint… « Vous avez de bonnes oreilles [rires]. En réalité j’ai même quatre adjoints qui travaillent à plein temps. Il y a mon 1er adjoint qui est avocat jeune retraité et a pris en charge l’urbanisme et les affaires juridiques qui sont des parties techniques et lourdes. Le 3e adjoint délégué aux finances, a eu pour sa part une carrière de directeur administratif et financier donc il a une facilité à prendre en main ces dossiers. Notre 4e adjointe était au tourisme dans la communauté de communes et c’est une Fayençoise du cru qui connaît parfaitement le tissu associatif et culturel. La 2e adjointe, enfin, s’occupe de la jeunesse et des écoles qui est l’un de nos plus gros pôles avec une cinquantaine d’agents soit quasiment la moitié de nos effectifs. »
Ce sont eux qui vous permettent de garder votre activité professionnelle ? « Oui, c’est clair. Sans eux, ce ne serait pas possible. Et c’était la recette de base d’aller chercher des personnes pour leurs compétences. C’est aussi ça notre surprise électorale : mon équipe était composée de professionnels plutôt que de noms de famille qui rassurent. Mon pari c’était que ça rassure peut-être davantage de montrer ses capacités plutôt que de miser sur des familles de souche. »
Un baptême du feu avec les gens du voyage
Pour autant vous avez été confronté aux impératifs administratifs. Notamment lors de la venue des gens du voyage. Est-ce que ça aussi ça a été une découverte ? « Ça a été un baptême du feu mais nous connaissions bien la problématique vu notre absence de conformité avec le schéma d’accueil des gens du voyage. J’ai même été agréablement surpris de l’aide apportée par la préfecture qui a permis de trouver une solution de repli, même s’il a fallu mettre un peu la pression pour ça. Maintenant, reste à créer cette aire de grand passage et à ce titre, les élus de la communauté de communes ont trouvé un terrain d’entente qui sera présenté très prochainement. »
À propos d’entente avec les autres élus, vous en avez surpris plus d’un en vous abstenant de voter une délibération octroyant des subventions de l’Agence de l’eau en conseil communautaire… « Nous ne nous sommes pas abstenus sur le fond mais sur la forme du contrat qui nous semblait très contraignant. Nous nous en sommes expliqués par la suite auprès du président de l’agglomération et de René Ugo. En fait, les termes du contrat, classiques en matière publique, nous ont un peu étonnés avec un œil d’élus venus du privé. »
Mis à part cet épisode, quelle est votre relation avec les autres maires ? « Cordiale. Je trouve que nous avançons vite et bien sûr pas mal de sujets. Je respecte ceux qui étaient là avant parce qu’ils ont l’antériorité de l’action. Et je sens chez eux une part de satisfaction de voir un peu de renouveau qui met du rythme et apporte un point de vue différent. »
Et avec votre opposition ? « On ne pouvait espérer de meilleures relations. Mais j’avais déjà identifié des personnes intelligentes ayant en tête l’intérêt des administrés. D’ailleurs nous avons l’intention de les impliquer le plus possible dans les commissions afin que celles-ci ne soient pas que des chambres d’enregistrement. »
Redynamisation du village : un projet sur deux mandats
Où en est votre plan d’action concernant la redynamisation du village, la sécurité et le cadre de vie ? « Nous avons mis en place des patrouilles nocturnes, ça apporte un sentiment de sécurité mais pour nous le gros sujet ça va être la réhabilitation de l’habitat et des infrastructures publiques. Lorsqu’on revalorise un village, on vit mieux. Et quand on vit mieux, on occupe le territoire d’une bonne façon. Mais ça coûte et ça prend du temps… environ deux mandats [sourire]. »
L’avis de l’opposition
Cheffe de file de l’opposition, l’ex-première adjointe de Bernard Henry, Ophélie Lefebvre se veut une élue minoritaire « constructive ». Selon elle, le début de mandat d’Olivier Baïlé se déroule « dans la continuité » de la mandature précédente et elle souhaite dans tous les cas « laisser le temps à la nouvelle majorité de s’installer ». Surtout, Ophélie Lefebvre souligne adopter « une posture entièrement consacrée à l’intérêt général. Je ne compte pas briguer l’écharpe de maire, alors je suis disposée à aider la municipalité si elle le souhaite. Mais toujours en gardant un esprit critique dans l’intérêt des Fayençois ».



