Nice divisée face à l'arrivée d'Éric Ciotti à la mairie
Au lendemain de l'élection municipale qui a vu la victoire d'Éric Ciotti avec le soutien du Rassemblement National, les rues de Nice bruissent de conversations animées. De Fabron, quartier résidentiel de l'Ouest, à Saint-Roch, secteur populaire de l'Est, les avis des habitants divergent radicalement sur ce changement politique majeur après dix-huit ans de mandat de Christian Estrosi.
« Ça ne changera pas grand-chose » : le scepticisme des uns
À la Pignata, petit centre de vie de Fabron, l'ambiance du lundi 23 mars semble étrangement normale malgré le bouleversement électoral. « Et alors ? Qu'est-ce que ça va changer ? C'est blanc bonnet et bonnet blanc ! », lance une dame âgée devant la supérette locale, plus préoccupée par le prix des aromates que par les alternances politiques.
Philippe, 65 ans, et Serge, 70 ans, attablés à la terrasse d'une boulangerie, débattent avec humour des conséquences de cette élection. L'ancien employé de Veolia et l'ex-policier monégasque finissent par tomber d'accord : « Le pouvoir use, Ciotti s'est servi du RN pour accéder à la mairie, ça ne changera pas grand-chose ». Philippe nuance toutefois en espérant des améliorations, particulièrement en matière de sécurité, sujet qui lui tient à cœur.
L'espoir d'un renouveau pour d'autres Niçois
Pour certains habitants, cette alternance représente une véritable bouffée d'air frais. Joe, 68 ans, promenant sa chienne Prunelle, affiche un large sourire : « Je suis très content qu'Éric Ciotti ait gagné, c'est une bonne chose. Estrosi a fait de belles réalisations, mais il a fait beaucoup de dettes. On avait besoin de changement ».
Nathalie, 57 ans, venue faire ses courses avec son chihuahua Bella, exprime un espoir concret. S'occupant d'une jeune femme handicapée, elle explique avoir envoyé de nombreux courriers à l'ancien maire sans jamais obtenir de réponse. « Les trottoirs à Nice, pour les handicapés, c'est pas facile... J'espère qu'Éric Ciotti fera changer les choses », confie-t-elle, précisant avoir écrit au nouveau maire dès le soir de sa victoire.
L'ombre du Rassemblement National plane sur les débats
L'alliance entre Éric Ciotti et les figures du RN Marine Le Pen et Jordan Bardella suscite des réactions contrastées. Colette, 68 ans, profitant du soleil, estime que « ça peut nous apporter des surprises positives », tout en reconnaissant que le pire reste improbable.
Cette position modérée contraste avec l'exaspération d'un quadragénaire croisé dans la rue : « Qu'est-ce que vous nous emm... avec le RN ? Toujours ces mêmes questions de journaleux... Ciotti est très bien ! ». Un autre passant renchérit : « Arrêtez de faire peur aux gens pour rien, tout va bien se passer ».
À Saint-Roch, les positions se radicalisent
Dans le quartier populaire de Saint-Roch, à l'est de la ville, les discussions prennent une tournure plus tranchée. Nicolas, 61 ans, partage un banc avec Nadia, 68 ans, et expose sa vision : « Je le sens pas mal Ciotti. La gauche n'a pas marché, la droite non plus, il nous reste à essayer les extrêmes... Enfin pas LFI, le RN ! ». Ayant vécu à l'étranger, notamment à Marrakech, il insiste sur le respect des traditions : « En France, les gens doivent faire pareil : soit tu respectes, soit tu t'en vas ! ».
Nadia acquiesce : « Oui, le RN, ça ne pose pas de problème ». Mais Karine, promenant son chihuahua Angela, s'insurge contre cette vision : « Si Ciotti a gagné, c'est uniquement parce qu'il s'est allié avec l'extrême droite ». D'origine italienne, elle met en garde contre les dérives observées dans d'autres pays : « Les Français se font avoir par le miroir aux alouettes de Meloni... L'extrême droite est une régression des droits, un fascisme mais ça, les Niçois ne le voient pas ». Après un silence, elle ajoute, prémonitoire : « Enfin... Ils ne le voient pas encore ».
Cette mosaïque d'opinions illustre la division profonde qui traverse la société niçoise après cette élection historique. Entre espoir de renouveau et crainte des dérives autoritaires, les habitants attendent désormais les premiers actes du nouveau maire pour juger de la réalité du changement promis.



