Millau : un conseil municipal sous tension autour des finances et du budget 2026
Le deuxième conseil municipal de la nouvelle mandature à Millau, présidé par le maire Christophe Saint-Pierre, s'est rapidement transformé en arène de confrontations politiques jeudi 16 avril. Les débats, initialement prévus pour des nominations dans diverses commissions, ont viré à l'affrontement lorsque les dossiers financiers ont été abordés, révélant des tensions profondes entre la majorité et l'opposition.
La polémique sur le bilan financier de la ville
Dès l'ouverture du volet budgétaire, l'adjointe aux finances Flora Gaven a vivement réagi à des déclarations de l'ancienne maire Emmanuelle Gazel, qui avait qualifié la situation économique de "catastrophique" à son arrivée. "Sur l'épargne brute, il n'y a pas forcément d'amélioration ni de dégradation entre 2019 et 2025, tout comme la capacité de désendettement, similaire entre les deux mandats", a-t-elle affirmé, ajoutant que "la catastrophe n'était pas aussi significative".
La majorité a confirmé le gel des taux d'imposition du foncier et de l'habitation pour 2026, malgré une revalorisation des bases locatives de 0,8% décidée par l'État. Flora Gaven a également présenté des chiffres comparatifs : "Entre 2014 et 2019, le montant des recettes fiscales était de 93 millions d'euros, contre 113 millions sur le précédent mandat".
Emmanuelle Gazel a immédiatement contesté ces comparaisons : "Les bases sont réévaluées avec l'inflation, et nous avons été confrontés à une forte hausse des prix en 2022 et 2023", a-t-elle rétorqué, mettant en lumière les différences d'interprétation des données financières.
Un climat de défiance lors des votes budgétaires
Les tensions se sont poursuivies lors du vote du budget annexe de la restauration. Christophe Saint-Pierre a indiqué laisser la liberté de vote à son groupe, exprimant des réserves sur un "reste à réaliser dépassant le million d'euros, non signé avant le 31 décembre".
Le budget a été adopté par le groupe Gazel avec six voix pour, mais sans la participation de l'ancienne maire, contrainte de quitter la salle conformément aux règles préfectorales. Trois élus de la majorité ont voté contre, les autres s'abstenant.
À son retour, Emmanuelle Gazel n'a pas caché son agacement : "Voter contre un compte administratif, c'est mettre en doute l'honnêteté du trésorier. Vos pratiques m'étonnent", a-t-elle lancé. Christophe Saint-Pierre a répondu que si la majorité avait voté contre, "les finances auraient été bloquées pendant des mois, et les subventions retardées".
Interrogations sur les lignes budgétaires
Plus tard dans la séance, Michel Durand, membre de l'opposition, s'est interrogé sur plusieurs lignes budgétaires spécifiques, notamment :
- 9 000 euros de réserve pour les subventions sportives
- 270 000 euros pour le plan de mandat
Faute de réponse immédiate de Flora Gaven, le maire a indiqué que "les explications viendront au fur et à mesure des projets", laissant planer un certain flou sur ces allocations financières.
Le projet de pumptrack reporté à 2027
Le projet de pumptrack dans le ravin de Saint-Marthe, une piste en boucle fermée destinée aux BMX et VTT, a également suscité des débats. Dalila Belaid Artis, seule élue d'opposition du groupe Alternative de gauche, avait déjà interrogé le maire sur l'utilisation de matériaux à faible impact écologique.
Christophe Saint-Pierre a précisé : "Le projet mobilise des matériaux non transformés, à savoir des remblais de terres locales, des blocs d'enrochement et du bois pour la réalisation des rampes et des dispositifs de saut. Il n'y aura pas de béton". Seule une clôture métallique fera appel à des matériaux transformés pour sécuriser le site.
Interrogé par Emmanuelle Gazel sur l'annulation du budget dédié au pumptrack, le maire a ensuite clarifié qu'il s'agissait d'un report et non d'un abandon : "Je veux me rendre sur place et vérifier s'il n'y a pas un repositionnement possible. Je veux être sûr de l'emplacement".
Validé l'an dernier, le projet devait initialement entrer en phase d'étude au début de l'année 2026. Sa réalisation est désormais envisagée à l'horizon 2027, marquant un délai supplémentaire pour cette infrastructure sportive.
Une fin de séance plus apaisée
La fin de séance, consacrée aux autres budgets annexes, s'est déroulée plus sereinement, offrant un répit après les échanges tendus qui ont marqué la majeure partie du conseil municipal. Reste à savoir si les prochaines séances connaîtront la même intensité dans les débats, alors que chaque camp cherche à défendre son bilan et ses choix politiques.



