Maires extrême gauche : entre revanche identitaire et déconnexion du réel
Maires extrême gauche : revanche identitaire et déconnexion

L’un, en France, déjà président de la République, élu avec un peu plus de 13 500 voix sur un peu moins de 64 000 inscrits ; l’autre, aux États-Unis, déjà à la Maison-Blanche dans sa tête, élu maire « socialiste » de New York, qui a publiquement demandé à Charles III de rendre à l’Inde le diamant Koh-i-Noor serti dans la couronne britannique. Les maires version extrême gauche ont ce culot de se faire rois immédiatement avec leur victoire.

Un discours de rupture et de revanche

En France, Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, est sur tous les plateaux : il explique pourquoi il a en quelque sorte « décapité Macron » en décrochant son portrait – et refuse de le remettre au mur malgré les rappels à l’ordre du préfet –, ce qui correspondrait à l’universalisme vu de Saint-Denis. Il use également à tout-va de l’expression « mes territoires » ou de la formule « les territoires qui sont les miens ». À New York, le mamdanisme – appelons-le ainsi – veut sauver l’humanité à coups de taxes sur les ultrariches et les résidences secondaires de luxe, et d’explications sur la vertu salvatrice de l’islam, religion d’État pour l’Amérique du futur.

Il y a quelque chose d’agaçant dans cette inflation du moi, et de peu rassurant : la réacclimatation viendra. Elle ne sera pas dictée par une opposition d’extrême droite, que ce genre de leadership dit « socialiste » et rédempteur voit partout, mais par le réel. On ne peut pas surtaxer les super-riches à New York sans qu’ils déménagent, on l’a compris cette semaine avec la fronde des propriétaires de pied-à-terre de luxe. On aura besoin de la police, même si l’on se fait élire aussi par ceux qui la caillassent, à Saint-Denis comme ailleurs.

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La ferveur identitaire et ses limites

À condition de ne pas avoir été culbutés par les militaires, comme en Algérie ou en Égypte, les islamistes ont assez vite montré, sous des formes différentes, qu’ils savaient remplir les mosquées… mais pas les assiettes, comme on l’a vu en Jordanie, au Maroc ou encore en Tunisie. On connaît la suite : la ferveur identitaire, le discours de la dignité retrouvée, la chasse aux riches, puis le mur du réel et enfin la fuite en avant dans la violence ou la défaite électorale. On a toujours affaire à la même promesse de salut par l’identité, transposée ici dans le langage postcolonial.

Mais que veulent-ils alors, ces maires-présidents, au fond de leur âme ? Le pouvoir, certes, et il se suffit comme raison. Mais aussi une revanche jouée. Elle est presque électrique dans leurs regards, dans leurs discours : une revanche du communautaire, du différent, de l’exclu réel ou supposé. Une journaliste l’a noté : une revanche du postcolonisé se cache derrière l’épopée de la réparation. Leur mythologie, à ces supermen, est presque fanonienne : le colonisé devenu sujet de l’histoire, chargé d’une mission de purification morale du monde.

Un effet corrosif sur la République

Voici donc le maire de New York qui s’occupe de réclamer des réparations coloniales à Charles III, et l’autre, à Saint-Denis, qui instruit le procès d’un racisme universel dont il veut être à la fois la victime et le remédiateur. Habiles, l’un et l’autre, ils ont en face d’eux une société occidentale contrite et d’autres porte-voix inhibés par l’histoire coloniale ou par la traite transatlantique, souvent conditionnés à se sentir coupables ou au contraire à refuser cette culpabilité, tout en n’y croyant pas trop ou en se sentant très isolés dans leur propre pays.

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L’effet corrosif sur la République est évident et regrettable. Le langage de la menace communautaire, du séparatisme, celui qui revendique des « territoires » conquis au nez de tous, le recours aux ressentiments aveugles nés de la douleur de l’Histoire ou de sa rente peuvent servir un moment mais ne durent pas. L’assiette ne se remplit pas avec des jeux de rôle. L’expérience des islamistes dans le monde arabe a déjà donné sa leçon amère : cela se termine en entreprises de violence ou en déroute, parce que la pensée magique ne renonce pas facilement à l’illusion. Certains, comme le maire de Saint-Denis, construisent déjà leur théorie fanonienne de la légitimité populaire contre la légitimité institutionnelle. Quant à Mamdani, il ne dit plus rien sur Trump depuis que ce dernier l’a reçu dans son Bureau ovale, après l’avoir traité de « socialiste fou » et de « communiste » : le fils a trouvé le père dont il rêvait, son modèle caché.

L’arc narratif du ressentiment est vieux comme le monde. En France, les présidents de la République apparaissent très nombreux : à certains pics de contestation sociale, ils sont des millions. Ils finissent souvent par rentrer chez eux en fin de journée. Aux États-Unis, Mamdani veut que l’on rende le diamant de l’Inde pour briller un peu plus que lui.