Nice : Les Républicains abandonnent Christian Estrosi dans une bataille municipale délétère
« Estrosi est complètement en panique ! », confie un ténor des Républicains, résumant l'atmosphère pesante qui règne au sein du parti. Les oreilles du maire sortant de Nice ont dû effectivement siffler ce mardi lors d'une réunion discrète des cadres LR autour de Bruno Retailleau, organisée pour analyser les résultats du premier tour des élections municipales. Autour de la table, plusieurs participants n'ont pas mâché leurs mots pour critiquer la campagne effrénée menée par le candidat Horizons, qui tente désespérément de sauver le fauteuil qu'il occupe depuis dix-huit ans.
Un frère ennemi en position de force
Christian Estrosi se trouve en effet sérieusement menacé par son frère ennemi Éric Ciotti, arrivé largement en tête ce dimanche avec près de treize points d'avance, obtenant 43,43 % des voix contre 30,92 % pour le maire sortant. Face à cette situation, le patron des Républicains a pris une décision radicale : ne pas apporter le soutien de son parti à Christian Estrosi, préférant détourner le regard du vaudeville politique qui se joue sur la baie des Anges.
Ainsi, Bruno Retailleau a-t-il annoncé ce mercredi que Les Républicains n'apporteraient pas leur soutien à Christian Estrosi, laissant « les Niçois et les Niçoises trancher dans les urnes ». Cette position est d'autant plus surprenante qu'un accord national lie théoriquement à Nice les Républicains à Horizons, la formation d'Édouard Philippe dont Estrosi est membre.
Accusations de soutien déguisé et indignation
Cette décision n'a pas manqué de susciter des interprétations et des réactions vives. Certains y voient un soutien déguisé à Éric Ciotti, l'ancien patron de LR rallié avec fracas au Rassemblement National. « Quelle indignité ! » s'est notamment offusqué Xavier Bertrand sur le réseau social X, accusant Bruno Retailleau d'apporter « insidieusement » son soutien à Éric Ciotti en refusant de réaffirmer le soutien des Républicains à Christian Estrosi.
Le candidat RN, quant à lui, ne s'est pas privé de relayer immédiatement l'information que son rival niçois était lâché par la direction nationale des Républicains, exploitant habilement cette situation. De son côté, le parti Horizons d'Édouard Philippe, qui a pour sa part retiré son candidat Pierre-Yves Bournazel à Paris pour favoriser les chances de la candidate LR Rachida Dati, exprime son mécontentement.
« Cette équidistance entre les deux candidats qui peuvent l'emporter est pour nous inacceptable, localement comme nationalement. Elle met au jour une confusion dans la ligne politique des Républicains », critique Horizons sur X, exigeant une « clarification » de la position de LR et menaçant de « conséquences ».
La stratégie d'autonomie des Républicains
Faut-il pour autant y voir l'amorce d'une « union des droites » qui ne dit pas son nom ou un hypothétique pacte secret entre Retailleau et Ciotti ? Rien de tout cela, selon les sources internes. Les Républicains ont au contraire tiré comme grande leçon de ces municipales que l'union des droites par les partis était une voie sans issue, une forme de vassalisation dont ils ne se remettraient pas.
Bruno Retailleau considère personnellement qu'il faut réaliser l'union des droites par la base, par les électeurs, en drainant autant que possible le réservoir de voix du RN. La véritable nouveauté dans la position de LR réside dans la fin actée du « front républicain » : lorsqu'un candidat d'extrême droite est en situation de l'emporter, la droite laisse désormais ses électeurs libres de leur choix, posant comme seule consigne de « battre La France Insoumise » et les partis de gauche qui se seraient compromis avec les Insoumis.
Contrairement au Parti Socialiste qui, dans ce scrutin, se compromet dans de nouvelles alliances avec LFI, LR n'a ainsi noué aucun accord avec le RN, dédaignant la main tendue dimanche soir par Jordan Bardella. Les dissidents LR qui s'y sont risqués ont d'ailleurs été exclus, comme à Reims. De même, les Républicains maintiennent leur candidate Martine Vassal à Marseille, quitte à faire perdre le RN Franck Allisio et permettre la victoire du maire sortant Benoît Payan.
« La leçon de ce scrutin, c'est que quand on ne s'associe ni avec le RN ni avec la macronie, on gagne ! On fait l'union, mais par les électeurs », résume un cadre LR.
Une campagne niçoise jugée calamiteuse
Il n'existe nulle entente cachée avec l'UDR (Union des droites pour la République) à Nice, selon les Républicains. C'est une tout autre raison qui a conduit les dirigeants LR à lâcher Christian Estrosi : au risque d'apparaître tels des Ponce Pilate, ils ne veulent en aucune façon se mêler d'une campagne locale qui a pris une tournure pour le moins calamiteuse.
Bruno Retailleau a pudiquement résumé la situation sur BFM TV et RMC en expliquant que la bataille niçoise avait été « délétère ». « On va se dire les choses, la campagne d'Estrosi est très gênante. C'est un Monsieur de 70 ans qui va perdre la mairie qu'il occupe depuis dix-huit ans, sa vie s'écroule, alors il panique. Il se transforme en Che Guevara du peuple, c'est grotesque », critique un dirigeant LR, peu charitable.
« Il est ridicule avec son tee-shirt, en train de danser le Madison, sans parler de cette affaire de tête de cochon devant son domicile », glisse un autre en allusion à cet épisode épique du duel niçois qui a suscité suspicions et incrédulité. Sa « danse du ventre avec la gauche » n'a pas non plus été appréciée à droite. Ce lundi, la candidate écologiste à Nice, arrivée en troisième position, avait d'ailleurs devancé LR en refusant d'apporter son soutien à Christian Estrosi, qui l'avait invitée à se désister au nom d'un « front républicain » contre l'extrême droite.
Un choix entre deux options désagréables
Les Républicains se sont donc trouvés confrontés à un choix cornélien entre deux options tout aussi désagréables : soit accoler l'étiquette de leur parti à un candidat qu'ils jugent moribond, soit être accusés de favoriser l'UDR et donc de pactiser avec le diable. Entre les deux, ils ont préféré la seconde option.
Un ténor LR conclut amèrement : « Nice, ce n'est pas une élection nationale, c'est une élection locale faite de haines recuites et carbonisées entre Estrosi et Ciotti. Tirer des enseignements nationaux d'une situation ultra-locale n'a pas de sens. Évidemment qu'on ne soutient pas Ciotti, mais soutenir Estrosi ferait perdre 5 points à tous nos candidats partout ailleurs ! »
Cette décision illustre les profondes recompositions et les tensions stratégiques qui traversent la droite française à l'approche du second tour des municipales, où les calculs locaux et nationaux s'entremêlent de manière particulièrement complexe dans des bastions historiques comme Nice.



