À la veille du vote historique à l'Assemblée nationale sur l'aide à mourir, prévu ce mercredi 15 juillet 2026, Catherine Daquin, déléguée de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) dans le Gard, exprime ses craintes. Selon elle, le texte qui sera soumis au vote est bien plus restrictif que celui initialement envisagé avant la dissolution de l'Assemblée décidée par Emmanuel Macron.
Un vote attendu depuis 46 ans
L'ADMD, créée en 1980, milite depuis 46 ans pour un droit à mourir dans la dignité. Catherine Daquin rappelle que le soutien populaire est massif : 92 % des Français et 74 % des médecins y sont favorables, selon un sondage Ifop. Pourtant, la version actuelle du texte a été profondément modifiée par 521 amendements, et ne correspond plus aux attentes de l'association.
Les principales lacunes du texte
Parmi les points qui font défaut, Catherine Daquin souligne la disparition de la possibilité de faire valoir ses directives anticipées lorsque le patient ne peut plus s'exprimer. De plus, l'application de la loi aux personnes souffrant de troubles mentaux a été retirée. Enfin, le patient ne pourra pas choisir librement entre l'euthanasie et le suicide assisté : l'aide médicale à mourir ne sera proposée que si le patient est dans l'incapacité d'accomplir le geste lui-même.
« On va avoir la loi la plus restrictive d'Europe, si l'on regarde tous les pays qui ont légiféré sur le sujet », déplore-t-elle. Avant la dissolution, le texte était plus ambitieux, avec des acquis supérieurs à ceux de la Belgique, selon elle.
Un pas historique malgré tout
Malgré ces réserves, Catherine Daquin se dit satisfaite que la loi soit enfin votée. « On ne peut pas ne pas être satisfait. C'est une loi attendue par tous les Français », affirme-t-elle. Elle rappelle qu'une première proposition de loi sur le droit de mourir dans la dignité avait été déposée en 1978 par le sénateur Henri Caillavet. « Petit à petit, on a gravi la montagne, et on sent qu'aujourd'hui, on atteint le sommet », ajoute-t-elle.
Elle insiste sur le fait que les politiques n'ont pas agi dans la précipitation, contrairement à ce que disent les opposants. Le 15 juillet 2026, l'aide active à mourir entrera dans le code de la santé publique, ce qui permettra à de nombreux patients d'éviter un départ en Belgique.
Des appels au secours quotidiens
Catherine Daquin témoigne des situations dramatiques qu'elle rencontre. « Encore cette semaine, j'ai eu trois appels au secours. Une dame m'a dit : 'Je n'en peux plus, je suis au bout du bout, est-ce que vous pouvez m'aider ?' On ne le peut pas parce que si on est des militants, on n'est pas des hors-la-loi », explique-t-elle. Un mois plus tôt, un homme l'avait appelée en disant : « Mon appel à l'aide est un appel au secours, mon pistolet est prêt ». Elle dénonce la violence de ces situations, notamment les suicides de personnes âgées.
Une première étape vers des améliorations
L'ADMD prévoit déjà de proposer des aménagements législatifs pour pallier les défauts du texte actuel. Catherine Daquin compare ce combat à celui de l'IVG, qui a nécessité plus de 40 ans pour devenir un droit pour toutes les femmes. « Il faudra encore du temps pour que les Français n'aient pas à souffrir du caractère imparfait de la loi », estime-t-elle.
Elle rappelle que l'ADMD n'est pas une association « pro euthanasie », mais qu'il existe des situations où la médecine ne peut pas soulager la souffrance. « J'espère mourir dans la sérénité, ou avec des souffrances altérées », confie-t-elle.
Le rôle d'Emmanuel Macron
Interrogée sur l'engagement d'Emmanuel Macron, Catherine Daquin exprime des doutes. « Nous ne sommes pas convaincus qu'il soit favorable à l'aide à mourir. Il ne veut pas partir sans avoir fait une loi sociétale », dit-elle. Elle cite Yoann Brossard, secrétaire général de l'ADMD, qui lui avait dit : « Tu vas voir Catherine, on va avoir une loi à la française ». Pour elle, la loi actuelle est « un pas frileux », mais qui a le mérite d'exister dans un contexte de recul de l'ouverture d'esprit.



