La sécurité, un enjeu majeur des municipales à Lille
« Montée de la violence », « insécurité dans tous les quartiers », « narcotrafic qui gagne l’ensemble de la ville », « des policiers sont blessés tous les jours »… Avec plus ou moins de nuances, la plupart des candidats à l’élection municipale de 2026 à Lille reconnaissent l'existence d'un problème de sécurité dans la ville. Si tous s'accordent sur la nécessité d'augmenter les effectifs de la police municipale, des mesures comme la vidéosurveillance et le port d'arme létale divisent les candidats.
Le classement controversé de Violette Spillebout
Violette Spillebout, députée macroniste et candidate du « bloc central », défend ces mesures et justifie sa position en citant une enquête qui classe Lille comme la « 3e ville la plus dangereuse de France ». Elle a évoqué ce classement à plusieurs reprises, notamment dans ses vidéos de campagne sur les réseaux sociaux et lors du débat télévisé organisé par BFM et Public Sénat le 19 février dernier.
Ce classement, publié sur le site ville-data.com sous le titre « Classement 2025 des Villes les Plus Dangereuses de France » et repris par Le Figaro dans un article intitulé « Ville par ville, les chiffres de la délinquance en France », se base sur des statistiques du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Cependant, ces données ne sont pas exhaustives.
Les limites des statistiques utilisées
Les statistiques du SSMSI ne retiennent que 14 catégories de crimes et délits, excluant notamment le meurtre, le proxénétisme et la pédopornographie. De plus, le site ville-data.com n'utilise que 10 indicateurs pour son classement, omettant les escroqueries, l'usage de stupéfiants et les vols avec armes. En divisant le total des faits (21 126) par la population de Lille (240 000 habitants), le site conclut à un taux de 88,506 crimes ou délits pour 1 000 habitants, plaçant Lille en troisième position après Bordeaux et Grenoble.
Pourtant, une analyse détaillée des chiffres du Figaro révèle une réalité plus nuancée. Par exemple, Lille se classe 24e pour les « coups et blessures volontaires dans le cadre familial », 19e pour les « escroqueries », 11e pour les « vols avec armes » et 12e pour les « destructions et dégradations volontaires ». La ville n'atteint la troisième position que pour les cambriolages et les vols de véhicules.
Une tendance à la baisse pour certains indicateurs
Les données du SSMSI montrent que plusieurs indicateurs sont en baisse à Lille, notamment les vols sans violence, les destructions volontaires, les vols dans les véhicules et le trafic de stupéfiants. En revanche, des hausses sont observées pour l'usage de stupéfiants, les cambriolages, les violences sexuelles et les vols de véhicules.
Deux critères essentiels pour relativiser le classement
Premièrement, les statistiques ne tiennent pas compte des faits non déclarés. Selon le rapport 2024 du ministère de l'Intérieur sur le « vécu et ressenti en matière de sécurité », 43 % des victimes de vol de voiture ou d'effraction n'ont pas déposé plainte en 2023, et moins d'une victime sur cinq d'atteinte à la personne a porté plainte.
Deuxièmement, le classement suppose que seuls les habitants de Lille sont victimes de crimes et délits, ignorant les touristes, les travailleurs et les étudiants. Avec environ 11 000 touristes par jour, une partie des 130 000 travailleurs de la Métropole Européenne de Lille (MEL) et des 35 000 étudiants non résidents, le taux de criminalité par habitant serait mécaniquement plus bas si ces populations étaient incluses.
Arnaud Deslandes, maire sortant et candidat à sa succession, qualifie ce classement d'« agrégat de quatre indicateurs pondérés de manière arbitraire ». Sans aller aussi loin, il est clair que les résultats sont biaisés par des méthodologies simplistes.
Les élections municipales à Lille se tiendront les 15 et 22 mars 2026, et le débat sur la sécurité promet de rester au cœur de la campagne, avec des chiffres à interpréter avec prudence.



