Une note interne qui fait polémique
Une étude interne au parti Place Publique, dévoilée sur les réseaux sociaux par les Insoumis, décrit le profil des électeurs les plus fidèles à Raphaël Glucksmann : CSP+, surdiplômés, hauts revenus. LFI accuse le député d’être le candidat des riches. Il s’en défend.
L’effet Terra Nova
En politique, on appelle cela l’effet Terra Nova. Le 11 mai 2011, une note de la fondation Terra Nova conseillait au Parti socialiste d’abandonner les classes populaires pour se concentrer sur les classes moyennes. Cette révélation avait fait l’effet d’une bombe. Aujourd’hui, Raphaël Glucksmann semble vivre le même cauchemar.
Les cibles privilégiées
Plusieurs élus LFI ont partagé sur X une note interne à Place Publique qui dresse les typologies d’électeurs cibles du candidat. Un slide intitulé « Cible 1 : les fidèles » explique que l’électeur convoité réside dans les grandes et moyennes métropoles, notamment en Île-de-France, Bretagne ou Occitanie. Il s’agit de cadres supérieurs, professions intermédiaires dans le public ou retraités de 50 à 80 ans gagnant plus de 3 500 euros mensuels. Cette catégorie représenterait 3,4 millions de votants, plutôt politisés et déjà acquis à Glucksmann.
Les cibles à éviter
Une page intitulée « cibles à éviter pour le moment » liste les 18-25 ans, les revenus à 1 500 euros par mois, les « banlieues », ainsi que l’électorat votant pour Les Républicains, le Rassemblement national ou LFI. Les Insoumis réagissent immédiatement. Manon Aubry raille : « Il préfère ceux qui gagnent 3 500 €/mois à ceux qui gagnent moins de 1 500 €. Il préfère les bac +4 à ceux qui ont le bac. »
Une réalité moins caricaturale
La réalité est fort heureusement moins caricaturale. Il serait peu ambitieux pour un candidat de ne s’adresser qu’aux électeurs déjà conquis sans chercher à s’ouvrir à d’autres catégories socio-professionnelles. La note le souligne : il ne s’agit que de 3,4 millions de personnes, bien loin du nombre d’électeurs nécessaires pour espérer être au second tour de l’élection présidentielle. 3 millions d’électeurs, c’est à peine plus que les bulletins de vote réunis par Eric Zemmour en 2022.
La différence entre la note de Terra Nova, qui conseillait au PS de changer radicalement de cible électorale, et l’étude qui a fuité des bureaux de Raphaël Glucksmann est nette. Cette dernière ressemble plus à une liste des points forts et des points faibles du candidat. À ce stade de la campagne, ces conseils semblent surtout destinés à cibler les électeurs acquis sur lesquels s’appuyer pour s’imposer à gauche face à François Hollande et Olivier Faure. Mais ce document n’est en rien la déclinaison d’une stratégie permettant au candidat d’espérer être présent au second tour.
La défense de Glucksmann
Dans un communiqué partagé sur X, Raphaël Glucksmann a assuré que « cette note n’a aucune valeur politique », ajoutant : « Ce dimanche, j’ai expliqué lors d’une longue discussion politique et stratégique avec les cadres de Place publique l’exact inverse de ce qui figure dans le slide volé. » Lors d’un séminaire, l’eurodéputé a entamé son discours par une longue tirade sur la façon d’« aller chercher les électeurs du RN ».
« Contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui a revendiqué publiquement l’abandon des classes populaires et moyennes de la France des pavillons et des sous-préfectures, je veux parler à tous les Français », a développé l’eurodéputé sur X. Reste que cette note ramène Raphaël Glucksmann à sa caricature de candidat des élites. Or, les étiquettes sont parfois bien dures à décoller.



