Une élection locale, certes, mais dont le résultat pourrait bien bouleverser l'avenir de la politique britannique. À Makerfield, une circonscription du nord-ouest de l'Angleterre, environ 70 000 électeurs sont appelés aux urnes ce jeudi 18 juin pour une élection législative partielle. En lice, Andy Burnham, candidat travailliste et rival potentiel du Premier ministre Keir Starmer. Après onze ans d'absence, l'actuel maire du Grand Manchester espère retrouver un siège à la Chambre des Communes pour pouvoir évincer le chef du gouvernement, déjà fragilisé.
Un Premier ministre sous pression
Keir Starmer fait face à de nombreux appels à la démission, y compris au sein de son propre parti. Depuis le début de l'année, il accumule les revers politiques et les scandales. La dernière crise en date : la déroute du Labour aux élections locales de mai, où Reform UK, le parti d'extrême droite de Nigel Farage, a réalisé une percée. En réaction, le ministre de la Santé a quitté le gouvernement et a publiquement invité Starmer à l'imiter.
Il n'est pas le seul. Selon The Guardian, 80 députés travaillistes ont réclamé la démission de leur Premier ministre, tandis que d'autres, plus discrets, partagent cet avis en privé. Nombre d'entre eux estiment que Starmer manque de vision politique et de stratégie, et craignent pour leur propre siège.
Le « roi du nord » comme recours
Pour provoquer un changement, les législateurs du Labour placent leurs espoirs en Andy Burnham, personnalité politique préférée des Britanniques selon un sondage Yougov de 2026. La tenue de cette élection partielle à Makerfield est d'ailleurs due au retrait du député local en faveur du Mancunien.
Si les sondages donnent Burnham gagnant dans cette circonscription qui n'a élu que des travaillistes depuis plus d'un siècle, rien n'est encore joué. À Makerfield, la population est, selon The Guardian, « disproportionnellement plus âgée, moins instruite et moins susceptible d'être issue d'origines ethniques minoritaires ». Comme dans de nombreuses zones postindustrielles, l'extrême droite progresse, et Reform UK talonne les candidats travaillistes dans les urnes. Mais de nombreux travaillistes restent convaincus que seul celui que les Britanniques surnomment « le roi du nord » peut dépasser les clivages.
Une condition indispensable pour Downing Street
L'enjeu est crucial : pour renverser Keir Starmer, Andy Burnham doit absolument être élu ce jeudi. La coutume anglaise – le pays n'a pas de constitution écrite – exige que le Premier ministre soit choisi parmi les élus de la chambre basse. Sans siège à Westminster, pas d'accès au 10 Downing Street.
Un chemin semé d'embûches
Même en cas de victoire, l'ascension de Burnham est loin d'être garantie. Selon le Daily Mail, il pourrait lancer un ultimatum à Starmer dans les jours suivant les résultats. Mais Keir Starmer a réaffirmé qu'il n'envisageait pas de quitter ses fonctions, estimant qu'il serait « profondément antidémocratique » de céder les clés à son rival, comme le rapportait le Times le 17 juin. Cependant, conscient de la menace, le Premier ministre semble prêt à faire des concessions. Mercredi, depuis le sommet du G7 à Évian, il a annoncé qu'en cas de victoire de Burnham, il lui proposerait « un rôle important » au sein du gouvernement.
Mais il est peu probable que le Mancunien, qui n'en serait pas à sa première nomination ministérielle, accepte. D'autres options s'offrent à lui pour forcer Starmer à partir. Il pourrait déclencher une primaire interne au Labour, nécessitant le soutien de 20 % du groupe parlementaire, soit 81 élus. Un pari risqué, car d'autres candidats pourraient se présenter, et la procédure paralyserait le gouvernement pendant quatre à cinq semaines. Autre possibilité : des ministres pourraient démissionner en masse, faisant tomber le gouvernement, comme en 2022 sous Boris Johnson.
Une crise politique persistante
Dans cette période d'incertitude, une certitude demeure : la crise politique que traverse Keir Starmer depuis des mois est loin d'être résolue. La réponse viendra dans la nuit de jeudi à vendredi.



