Laure Lavalette en campagne à Toulon : entre danse et stratégie pour la mairie
Lavalette à Toulon : entre danse et stratégie municipale

Laure Lavalette danse vers la mairie de Toulon

Ce dimanche 14 décembre, l'ancien couvent du XVe siècle situé sur la place Vatel, à quelques mètres du port de Toulon, vibre au son de la musique. La boule à facettes illumine les pierres ancestrales de cet édifice reconverti en lieu de festivité par le groupe du « Gueuleton ». Un cadre surprenant pour la députée Rassemblement national Laure Lavalette, 49 ans, désormais candidate déclarée à la mairie du Var, qui y célèbre sa campagne avec verve et conviction.

Une candidate qui séduit au-delà des clivages

Entre charcuterie et plateaux de fromage, Laure Lavalette quitte son équipe de campagne, verre à la main, pour rejoindre la piste de danse où résonne Dalida. Il est 15 heures lorsque deux quinquagénaires, smartphone en main, l'accueillent avec enthousiasme : « On vous adore, on compte sur vous ! ». Une scène qui ne surprend plus les organisateurs de l'événement. « Le côté hyperauthentique et vrai de Laure Lavalette est sa force. Je ne compte plus les gens autour de moi absolument pas RN, mais qui l'adorent », confie l'un d'eux.

La candidate, proche de Marine Le Pen, assume ce contraste. Elle ne fait figurer qu'un seul membre du RN sur les dix premières places de sa liste aux municipales, qui sera dévoilée le 14 janvier. « Les figures de rassemblement auront la place belle », promet-on, non sans provoquer quelques grincements de dents chez les historiques varois du parti, notamment l'ancienne tête de liste frontiste Amaury Navarranne.

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Une liste éclectique pour une ville stratégique

La liste de Laure Lavalette comprendra un restaurateur, un DJ, un rugbyman, d'anciens LR et, bien sûr, un amiral à la retraite. Un passage obligé pour toute candidature dans cette ville de 450 000 habitants qui abrite le plus grand port militaire d'Europe. « Les gens de la Royale votent, mais pas forcément très bien. Ils sont très légitimistes. Il faut leur envoyer des signaux », souffle un colistier RN.

En privé, Laure Lavalette l'admet volontiers devant ses troupes : « Il y a un alignement des planètes parfait. Si on ne gagne pas cette fois la ville, on ne la gagnera jamais. » Un fonctionnaire municipal confirme cette impression : « À l'Hôtel de ville, il y a un vent de panique jusque dans les services. Tout le monde voit la victoire du RN arriver. »

Le vide politique après Falco

La candidate RN prospère sur un vide : l'après-Falco. La condamnation définitive du maire historique Hubert Falco à une peine d'inéligibilité pour recel de détournement de fonds publics a créé des conditions favorables à une alternance. Mais l'ex-baron local LR organise lui-même la division entre ses héritiers, opposant l'actuelle maire Josée Massi, qu'il a installée après sa condamnation, au sénateur LR Michel Bonnus, qu'il a finalement convaincu de se présenter contre elle.

« Je soutiens le plus combatif, voilà tout. Si j'ai désigné Josée Massi maire par intérim, c'est parce que je pensais revenir », élude Hubert Falco. « Encore maire de Toulon, Laure Lavalette n'aurait sans doute pas été candidate… »

Une gauche fragmentée face à la lame de fond RN

En ces terres varoises profondément ancrées à droite, une gauche même unie peine à entretenir l'espoir de conquérir une collectivité de cette importance. Pour compliquer la situation, une liste La France insoumise a décidé de se déclarer candidate envers et contre la liste d'union menée par l'universitaire socialiste Magali Brunel.

« Il y a eu des consignes nationales de la part de LFI, c'est une mauvaise nouvelle et cela a été très mal perçu sur place », lâche une conseillère municipale d'opposition depuis 2020. « Mais nous pouvons encore incarner un changement de gouvernance pour ceux qui en ont marre des condamnations qui touchent tant le système Falco que le RN. »

C'est compter sans la puissante lame de fond dont bénéficient le RN et sa candidate. Laure Lavalette a été réélue dès le premier tour à l'été 2024, obtenant plus de 45 % des voix dans la totalité des bureaux de vote de sa circonscription. En février dernier, un sondage municipal Elabe la créditait de plus de 40 % des intentions de vote au premier tour.

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Les arguments des adversaires

Pour empêcher ce que beaucoup appréhendent comme un basculement inéluctable, les adversaires de Laure Lavalette déploient deux arguments massues. Tout d'abord, le souvenir calamiteux du mandat de l'ancien maire Front national Jean-Marie Le Chevallier, entre 1995 et 2001, achevé dans une déroute judiciaire et financière, avec plusieurs condamnations et un endettement de la ville de plus de 214 millions d'euros.

« C'est une période qui a profondément paupérisé Toulon et dont on parle encore », jure Nicolas Prieur, paysagiste de 54 ans, natif de la ville et ancré à gauche. « Que ce soit la vieille ou la haute ville, les gens n'ont pas envie de retrouver ce schéma-là. Or, pour avoir attentivement écouté Laure Lavalette, c'est exactement la même chose. »

Une critique que balaie la candidate RN, catholique pratiquante issue de la très traditionaliste Fraternité Saint Pie X : « Je n'ai jamais rencontré Le Chevallier, c'est une légende urbaine depuis 25 ans. Ils peuvent tenter de nous faire passer pour ses héritiers, je ne suis absolument pas comptable de ce qu'il s'est passé. »

Le défi de l'ancrage local

L'autre angle d'attaque est la visibilité parisienne de la députée RN, sur les plateaux de télévision notamment, jugée incompatible avec les préoccupations locales. « Madame Lavalette n'a aucun discours sur Toulon, uniquement un discours national totalement décalé ici », étrille la tête de liste socialiste Magali Brunel. « À un moment donné, il faudra qu'elle parle de son projet. Elle ne peut pas faire uniquement campagne en trinquant dans le quartier du Morillon… »

L'ancien maire Hubert Falco, pour une fois, abonde dans le sens de son ancienne opposante : « Là est tout le problème. Laure Lavalette joue sur sa notoriété. Mais elle ne m'a jamais impressionné par ses idées pour la ville au sein du conseil municipal. Elle ne s'y est jamais illustrée contrairement à l'opiniâtre Amaury Navarranne… »

Dans un éclat de rire, Laure Lavalette répond : « Je les rends fous. Je peux faire la matinale de TF1 le matin et le soir me rendre au comité d'intérêt local du quartier de la Serinette. Peu sont en capacité de faire ce grand écart… »

Un programme qui promet des surprises

Consciente du ressenti globalement positif que suscitent les 25 années de mandat Falco chez les Toulonnais, la candidate ménage cependant : « J'ai voté au conseil municipal tout ce qui allait dans le bon sens. La ville a été plutôt bien gérée, l'endettement est inférieur à d'autres communes similaires. Mais cela veut dire aussi aucun investissement. Depuis trois ans, c'est une belle endormie. Nous avons une grande marge de progression dans tous les domaines : sportif, culturel, en termes de sécurité ou pour les familles. Vous verrez mon programme, je serai là où on ne m'attend pas. »

Dans les gradins du stade Mayol en famille, celle qui refuse de s'asseoir en loge ou dans toute autre tribune huppée applaudit la victoire de Toulon sur l'équipe britannique de Bath. Elle apostrophe, à la sortie, les maires des communes alentour venus assister à ce match de Coupe d'Europe de rugby.

Comme les joueurs, c'est en réalité déjà sur le match suivant qu'elle a les yeux fixés. « L'enjeu au lendemain des municipales sera la métropole. Le maire de Toulon doit en être la patronne », lâche-t-elle. « Contrairement à 1995, nous sommes prêts cette fois et entourés de gens compétents. » Le temps pourrait alors lui manquer. Y compris pour quelques pas de danse.