Langon : une victoire sans appel pour le maire sortant
Dans la salle Claude-Nougaro de Langon, ce dimanche 15 mars, l'atmosphère est électrique malgré le silence apparent. Les scrutateurs examinent minutieusement les piles de bulletins qui s'accumulent sur les tables. Dans un coin, Florence Lassarade, sénatrice et candidate, tourne le dos au dépouillement, attentive aux annonces. « Lassarade », prononce l'un des assesseurs sans lever les yeux. « Ah, quand même », réagit la candidate, constatant que ses bulletins s'empilent moins rapidement qu'espéré.
Un triomphe précoce et incontestable
Très vite, un nom domine le brouhaha de la salle. Bulletin après bulletin, table après table, l'avance du maire sortant Jérôme Guillem devient évidente. Malgré la présence de quatre listes, l'élu creuse l'écart et s'impose nettement dès le premier tour avec 62,66% des voix. Une victoire large et sans appel dans un contexte pourtant marqué par la dispersion des candidatures.
Les réactions des candidats et observateurs
« Le maire profite surtout de la chute de Lassarade. C'est elle qui le fait élire au premier tour », commente François-Xavier Marques, candidat du Rassemblement National, qui obtient finalement 22,04% des suffrages. Avec plus de recul, la sénatrice Les Républicains assume un « score décevant » de 10,62% : « On ne se lance pas dans une élection pour ça. »
« Il y a surtout une prime au maire sortant, comme partout en France. Il a également bénéficié d'une très forte visibilité lors des crues, apparaissant sur les chaînes nationales... Après, vu le score, il n'y a pas photo », analyse un observateur local.
Un mandat reconnu même par l'opposition
« Je ne suis pas très surpris. Après six ans de mandat et de terrain, je pensais bien qu'il aurait cette avance de 60% », estime Philippe Plagnol, ancien maire PS (2014-2020) détrôné par son ancien adjoint en 2020. « Jérôme Guillem a fait six ans de campagne. Depuis le début de son mandat, il a parfaitement tenu ses engagements vis-à-vis de son électorat », reconnaît Didier Sendrès, figure emblématique de l'opposition langonnaise.
« L'homme de droite que je suis doit le reconnaître : qu'on soit d'accord avec ses idées ou pas, il n'a jamais raté une manifestation publique, une cérémonie... Il est très engagé et il travaille énormément », ajoute-t-il.
Le poids du vote RN et la dispersion des voix
« Ce qui m'a surtout étonné, ce sont les scores LR et RN », reprend Philippe Plagnol. « Au regard de ce que Madame Lassarade représente comme sénatrice, son score me paraît très très bas. Celui du RN n'est d'ailleurs pas si élevé par rapport aux autres résultats nationaux », appuie le socialiste retiré de la vie politique, « mais ils sont tout de même en deuxième position alors que c'est un nouvel arrivant sur la commune ».
En 1995, Alain de Peretti avait déjà introduit l'extrême droite à Langon en étant élu à l'assemblée locale, avant de se présenter en 2001 sous l'étiquette du Mouvement national républicain.
Un bouleversement du paysage politique local
Le retour du parti d'extrême droite a-t-il joué les trouble-fêtes ? « Ça a plus que rebattu les cartes », reprend Didier Sendrès. « Est-ce que les voix destinées à la droite traditionnelle et donc à l'opposition de Florence Lassarade ont pu être captées par Marques... Je ne sais pas. Mais c'est probable. »
« Le RN qui débarque a aussi pu bénéficier d'une forme de colère sociale, que seule Lutte ouvrière pouvait récupérer en 2020 par exemple », commente un autre observateur de la vie politique langonnaise. La liste portée par Jean-Philippe Delcamp n'a d'ailleurs pas réussi à passer la barre des 10%. Avec 4,65% (contre 10,60% en 2020), l'ancien conseiller d'opposition perd son siège.
Perspectives communautaires
« Pour être honnête, il avait été élu grâce ou bien à cause de moi », assène Didier Sendrès. En 2020, le conseiller d'opposition avait adressé un bulletin de vote non valable aux électeurs par voie postale, « j'avais perdu des voix et ça avait fait monter le candidat suivant », assure-t-il.
Les regards se tournent désormais vers les conseils communautaires. Les nouveaux élus – désignés en même temps que les conseillers municipaux dans les communes de plus de 1 000 habitants – doivent se réunir dans un délai de quatre semaines pour élire leur président. À Langon, dix conseillers siégeront à la Communauté de communes du Sud-Gironde, où Jérôme Guillem occupe déjà la présidence. Cette nouvelle configuration pourrait conforter sa position de manière significative.



