Le Rassemblement national (RN) et son ancêtre le Front national (FN) ont construit leur discours sur la probité et la transparence. Dès les législatives de 1993, Jean-Marie Le Pen lance le slogan « Mains propres et tête haute ». Pendant des années, le parti s'est présenté comme vertueux, dénonçant la déliquescence de la sphère politique. Pourtant, la trajectoire des frontistes est marquée par des affaires judiciaires : kits de campagne (2012), documents policiers confidentiels (2017), soupçons de détournement de fonds européens.
La condamnation de Marine Le Pen
Mardi 7 juillet, Marine Le Pen a été reconnue coupable en appel de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens du FN (devenu RN en 2018). Malgré cette condamnation, elle a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Cette décision met à mal le récit d'exemplarité du parti.
Huit exemples d'intransigeance réclamée
Voici huit occasions où le RN a réclamé une justice plus dure contre les élus condamnés, sans appliquer la même rigueur à lui-même :
- En 2002, Marine Le Pen, novice, participe à un débat sur France 3 et déclare : « Vous voulez que je vous rappelle un certain nombre d'affaires ? » en référence aux scandales des autres partis.
- Lors de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, le RN a demandé des peines exemplaires pour les élus UMP.
- En 2015, le parti exige la démission de François Hollande suite à l'affaire des écoutes.
- En 2017, il réclame une enquête sur les comptes de campagne d'Emmanuel Macron.
- Lors de l'affaire Fillon, le RN appelle à une justice implacable pour le candidat de droite.
- En 2020, il demande la condamnation de l'ancien ministre Éric Woerth pour des soupçons de favoritisme.
- En 2022, le RN exige des poursuites contre des élus LREM pour des frais de mandats abusifs.
- En 2025, il réclame la démission de la maire de Paris Anne Hidalgo après sa condamnation pour prise illégale d'intérêts.
Dans chacun de ces cas, le RN a prôné la fermeté, mais face à ses propres affaires, il adopte une tout autre attitude. Selon un porte-parole du parti, « la justice ne doit pas être instrumentalisée à des fins politiques », une position qui contraste avec ses appels passés.
Impact politique
Cette contradiction fragilise le discours du RN sur la probité. Alors que Marine Le Pen se lance dans la course présidentielle, l'opposition dénonce un deux poids deux mesures. « Le RN se dit le parti de l'ordre, mais refuse d'appliquer les règles à lui-même », a déclaré un député de la majorité.



