Municipales 2026 : Le dernier Conseil de Paris tourne à l'affrontement entre Hidalgo et Dati
À un mois des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, le dernier Conseil de Paris présidé par la maire sortante Anne Hidalgo s'est ouvert lundi dans une atmosphère particulièrement électrique. La séance a été immédiatement perturbée par le départ spectaculaire de Rachida Dati et de l'ensemble des élus du groupe Les Républicains, dénonçant avec force ce qu'ils qualifient d'inaction coupable de l'exécutif municipal face aux violences sexuelles dans le secteur périscolaire.
La politique de la chaise vide dénoncée
Dix minutes seulement après le début des débats, Jean-Pierre Lecoq, maire LR du 6e arrondissement, a lancé des accusations cinglantes avant de quitter bruyamment l'hémicycle : "Depuis des mois nous multiplions les interventions en séance et votre seule réponse a été 'circulez y'a rien à voir !'". Il était accompagné de Rachida Dati, maire du 7e arrondissement et candidate aux municipales, ainsi que de l'ensemble des élus de son groupe politique.
Dans un communiqué commun, les élus LR, MoDem et UDI menés par Rachida Dati ont ensuite appuyé leur geste : "Le silence et le déni dans lesquels s'enferme l'exécutif sont d'une gravité sans précédent. À ce jour, aucune mesure d'urgence à la hauteur de la situation n'a été prise par la majorité de gauche sortante".
La réplique cinglante d'Anne Hidalgo
La maire PS sortante, qui termine douze ans de mandat, s'est immédiatement insurgée contre cette politique de la chaise vide. Dans une réponse particulièrement acerbe, Anne Hidalgo a directement visé sa rivale politique : "Peut-être que Madame Dati avait peur qu'on vienne l'interpeller sur son jugement le 16 septembre, sur le fait qu'elle s'accroche à son poste de ministre, qu'elle n'assume pas toutes ses casseroles dans cette élection ?!".
La maire de Paris faisait référence au renvoi de Rachida Dati devant le tribunal correctionnel en septembre 2026 pour corruption et trafic d'influence aux côtés de Carlos Ghosn, des faits que l'actuelle ministre de la Culture conteste fermement. Anne Hidalgo a poursuivi son offensive verbale : "Je trouve absolument scandaleux que, dans cette élection qui vient, une des candidates soit concernée par une affaire très grave et [...] risque, si elle était élue, de devoir abandonner ses mandats".
Le sujet brûlant du périscolaire
Le dossier des violences sexuelles dans le périscolaire s'est imposé comme un enjeu majeur de la campagne municipale. Dominique Versini, Défenseure des enfants de la Ville de Paris nommée sous pression en décembre, a indiqué la semaine dernière avoir reçu environ 150 saisines depuis son entrée en fonctions.
Rachida Dati accuse la majorité sortante de ne pas avoir répondu à sa demande d'enquête administrative sur l'ensemble du périscolaire formulée en juillet. Dans son programme électoral, la candidate propose que "plus aucun enfant" ne se retrouve "seul avec un adulte sur le temps périscolaire", ainsi qu'un retour à la semaine de quatre jours.
Les réactions dans l'hémicycle
Ian Brossat, co-président du groupe communiste, a interprété le boycott de l'opposition comme un "prétexte" pour éviter de rendre hommage à El Hacen Diarra, un jeune Mauritanien décédé en garde à vue mi-janvier. Le sénateur a également taclé les élus absents : "Je constate que ces élus qui sont sortis de séance ont tous signé leur feuille d'émargement" leur permettant de percevoir leurs indemnités.
Resté dans l'hémicycle, le sénateur LR Francis Szpiner, à la tête d'un groupe dissident de Rachida Dati, a tenu à saluer la "lutte irréprochable" menée par Anne Hidalgo "contre le racisme, l'antisémitisme et la laïcité".
Les propositions des candidats
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie (hors LFI) à la succession d'Anne Hidalgo, promet de son côté une refonte complète du secteur périscolaire avec le recrutement de 2 800 agents. L'ancien premier adjoint de la maire sortante, qui a révélé avoir lui-même été victime de violences sexuelles dans le cadre périscolaire durant son enfance, a déclaré "prendre sa part de responsabilité" dans ce dossier sensible.
Alors que le mandat d'Anne Hidalgo touche à sa fin, cet ultime Conseil de Paris a cristallisé les tensions à un mois d'élections municipales qui s'annoncent particulièrement disputées dans la capitale française.