L'ancien maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, est rejugé en appel à partir de ce lundi 8 juin 2026, six mois après avoir été déclaré "entièrement coupable" et condamné à de la prison ferme pour un chantage à la vidéo intime sur son premier adjoint. Se déclarant toujours "innocent", Gaël Perdriau comparaît cinq jours devant la cour d'appel de Lyon pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics.
Une condamnation lourde en première instance
Le 1er décembre 2025, le tribunal correctionnel de Lyon l'avait condamné à cinq ans de prison dont quatre fermes et cinq ans d'inéligibilité, avec exécution provisoire. Cette décision l'a contraint à passer deux mois derrière les barreaux cet hiver. Son ancien directeur de cabinet, Pierre Gauttieri, condamné à deux ans de prison ferme, n'a pas fait appel. En revanche, deux co-prévenus qui ont mis en œuvre le traquenard seront présents : Samy Kéfi-Jérôme, ex-adjoint à l'Éducation, et son compagnon d'alors, Gilles Rossary-Lenglet, tous deux condamnés à trois ans de prison ferme.
Une vidéo intime comme moyen de pression
Les faits remontent à 2015 : Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet ont piégé l'ancien premier adjoint Gilles Artigues en le filmant à son insu dans une chambre d'hôtel parisienne avec un jeune prostitué recruté pour l'occasion. Cette vidéo a ensuite été utilisée pour faire pression sur Gilles Artigues au conseil municipal, alors qu'il était soupçonné de vouloir prendre ses distances après avoir contribué à l'élection de Gaël Perdriau à la mairie grâce à une alliance entre LR et UDI.
Lors de l'instruction et du premier procès, Gilles Rossary-Lenglet et Pierre Gauttieri ont affirmé que le maire était le commanditaire de ce film. Les auteurs auraient été rémunérés via des subventions fictives à des associations stéphanoises. Le tribunal correctionnel de Lyon avait jugé ces faits "d'une extrême gravité" et estimé que les élus avaient "ignoré leurs devoirs de dignité et d'exemplarité", contraignant Gaël Perdriau à quitter immédiatement la mairie.
Une défense qui mise sur l'innocence
Âgé de 53 ans, Gaël Perdriau "attend la vérité, à laquelle ne correspond pas le jugement de première instance, une erreur judiciaire", selon son avocat Me Jean-Félix Luciani. Ce dernier ajoute : "Nous redirons tout simplement qu'il est innocent de tout." L'ancien maire a reconnu avoir été informé de l'existence d'une vidéo dès 2015, mais affirme ne l'avoir jamais visionnée et s'en être toujours "désintéressé", pensant qu'il s'agissait de "jeux" entre "adultes consentants".
Cependant, ce scénario pourrait être difficile à faire accréditer. Des enregistrements audio de Gaël Perdriau, réalisés à son insu par Gilles Artigues en 2017 et 2018, le montrent évoquant une vidéo "où on voit ce qu'il y a à voir" et ajoutant : "une fois que c'est sur les réseaux sociaux, c'est plus du chantage… c'est une exécution."
Le procès en appel devrait durer cinq jours et permettra de réexaminer l'ensemble des preuves et témoignages.



