Le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, a annoncé que les fautes d'orthographe seraient désormais sanctionnées au brevet comme au baccalauréat. Cette décision suscite un vif débat. Deux regards croisés s'opposent : celui de Daniel-Jean Valade, directeur honoraire d'école d'application à Nîmes, et celui de Jordan Homps, enseignant en physique-chimie au collège de Castelnau-le-Lez.
Daniel-Jean Valade : « L'orthographe, outil de création et de liberté »
Pour Daniel-Jean Valade, ce ne sont pas les bacheliers qu'il faut sanctionner, mais les ministres de l'Éducation nationale et les enseignants qui, depuis des décennies, font preuve de laxisme en matière d'enseignement de l'orthographe. Il dénonce des barèmes démagogiques et des dictées « négociées » qui ont abandonné ce ciment culturel. Selon lui, la langue française, sa littérature et sa créativité nécessitent un code universellement partagé, enseigné dès l'école élémentaire. Il insiste sur la formation des enseignants, longtemps recrutés à Bac+5 sans formation pédagogique suffisante. Pour Valade, l'orthographe est un outil de réflexion et de liberté, ouvrant des perspectives professionnelles. Il critique l'écriture inclusive, qu'il qualifie d'« escroquerie intellectuelle », et appelle à consacrer du temps à la lecture et à la réflexion sur la langue.
Jordan Homps : « Une faute : pas d'orthographe, mais un aveu de faiblesse ministériel »
Jordan Homps s'interroge sur la légitimité du ministre à imposer cette mesure. Il rappelle que l'orthographe est déjà évaluée via la rédaction et la dictée au brevet et au bac. Sanctionner jusqu'à l'échec pour une faute d'accord, c'est méconnaître le sens de l'évaluation et tomber dans la « constante macabre » qui trie les enfants plutôt que de les émanciper. Il pointe les causes réelles de la dégradation de l'orthographe : la perte de 522 heures de cours de français en quarante ans, la réforme du collège de 2016 qui a réduit les heures de latin, et l'influence des réseaux sociaux. Il souligne que les élèves d'aujourd'hui mobilisent des champs de connaissances plus larges qu'en 1980. Enfin, il critique l'Académie française, gardienne autoproclamée de la norme, et rappelle que l'orthographe ne devrait pas être l'étendard d'une politique éducative quand les personnels manquent et que la mixité sociale s'effondre.



