Italie : la "famille dans la forêt" au cœur du référendum sur la justice
Ce mercredi 25 mars, la "famille dans la forêt" sera reçue au Palazzo Madama, siège du Sénat italien, par Ignazio La Russa, président de la chambre haute et co-fondateur avec Giorgia Meloni du parti Fratelli d'Italia. Cette affaire défraie la chronique chez nos voisins transalpins, car elle s'inscrit dans le contexte particulièrement sensible du référendum sur la réforme de la Justice, qui s'est tenu dimanche 22 et lundi 23 mars.
Une expérience de vie radicale tournant au drame
Nathan Trevallion, Britannique, et Catherine Birmingham, Australienne, sont deux idéalistes qui se sont rencontrés à Bali. Ils ont décidé de vivre en marge de la société et ont choisi l'Italie comme cadre d'une expérience radicale de "retour non consumériste à la nature". Survivalistes et adhérents de la théorie de "l'effondrement", ils se sont installés dans une baraque isolée, sans eau courante, près du village de Palmoli, dans les Abruzzes.
Le couple a donné naissance à trois enfants. En septembre 2024, les cinq membres de la famille sont conduits d'urgence en hélicoptère à l'hôpital après avoir consommé des champignons vénéneux. Cet incident tragique démontre que, contrairement à certaines croyances écologistes, tout ce qui est naturel n'est pas nécessairement bénéfique.
À cette occasion, les autorités sociales découvrent que les enfants, qui vivaient en autarcie, ne sont ni scolarisés ni vaccinés. L'aînée, Utopia Rose, 8 ans, ne sait ni lire ni écrire. Les parents invoquent la théorie de "l'apprentissage informel" au contact de la nature. Les services sociaux décident alors le placement des enfants avec leur mère dans un foyer d'accueil.
Une affaire instrumentalisée politiquement
Les choses se passent mal dans ce foyer. À l'issue d'un bras de fer avec les parents, le tribunal pour enfants d'Aquila suspend l'autorité parentale en novembre dernier et ordonne le placement des trois enfants dans des familles d'accueil distinctes.
Au gouvernement, Giorgia Meloni, présidente du Conseil, et Matteo Salvini, vice-président du Conseil, s'emparent de cette affaire pour critiquer la décision des juges. Ils dénoncent une magistrature "toute-puissante" qui prendrait des décisions "idéologiquement orientées" et s'immiscerait dans la vie privée des familles.
Dans Il Manifesto, journal de gauche, Giuliano Santoro écrit : "'La famille dans la forêt' est une fois de plus l'atout que la droite compte bien utiliser pour faire basculer l'équilibre des pouvoirs lors du référendum constitutionnel."
Un référendum à haut risque politique
Ce référendum porte sur une réforme de la magistrature qui scinderait désormais la carrière des juges et celle des procureurs, chacune étant gérée par deux Conseils de la magistrature distincts. "Ce n'est pas une réforme de droite ou de gauche", a plaidé Giorgia Meloni lors d'une émission sur Rai Uno, affirmant qu'il s'agissait de la seule réforme pouvant améliorer l'efficacité de la Justice.
Sur la chaîne La7, Elly Schlein, leader du Parti démocrate, a répondu : "La Première ministre a instrumentalisé chaque fait d'actualité pour attaquer la magistrature. Ils ont un but : centraliser le pouvoir de ceux qui gouvernent au détriment des prérogatives du Parlement et du Quirinal."
Giovanni Negri, dans le quotidien Il Sole 24 Ore, déplore que "la confrontation entre les opinions sur une question aussi délicate que l'équilibre des pouvoirs a plongé le pays dans un choix binaire : on est pour ou contre le pouvoir judiciaire, pour ou contre la Première ministre Giorgia Meloni."
Un contexte international défavorable
Le quotidien allemand Die Welt souligne que ce référendum est devenu un scrutin à haut risque pour la Première ministre. Sa proximité avec l'ancien président américain Donald Trump la gêne en politique intérieure, d'autant que l'Italie a déployé 2 000 militaires au Moyen-Orient et possède une base en Irak.
"L'opposition accuse Meloni de ne pas se positionner clairement sur la guerre de son allié Trump", rapporte le journal. Elly Schlein a déclaré : "Si elle revendique une relation privilégiée, elle devrait l'utiliser pour dire au président Trump que ses actes sont mauvais."
Dans les faits, Meloni s'est distanciée de Trump, mais sa cote de popularité souffre de cette guerre très impopulaire en Italie et de cette proximité perçue : elle est tombée en quelques semaines de 45 % à 37,5 % d'opinions favorables. La majorité de droite qui la soutient redoute l'effet de cette chute sur le résultat du référendum.
Les enjeux régionaux au Moyen-Orient
Le contexte international complique la situation. Selon The Economist, il y aurait deux guerres en cours au Moyen-Orient : celle que mènent les États-Unis et Israël contre l'Iran, et celle que mène l'Iran contre l'économie mondiale en attaquant les infrastructures pétrolières et gazières dans les États du Golfe.
La stratégie des dirigeants iraniens consisterait à étendre la guerre à toute la région pour pousser les États du Golfe à réclamer aux États-Unis la cessation des opérations contre l'Iran. Mais ces attaques, notamment contre la plus grande installation de liquéfaction de gaz naturel au Qatar et d'importantes raffineries en Arabie saoudite et au Koweït, semblent avoir l'effet inverse.
Dans le Khaleej Times, on lit que le Premier ministre qatari a déclaré que ces tirs "constituaient la preuve que Téhéran ne vise pas exclusivement des intérêts américains". Les dirigeants saoudiens préviennent quant à eux que le Royaume "se réserve un droit d'actions militaires de représailles" si ces attaques persistent.
Les risques pour les voies d'approvisionnement énergétique
Il existe une alternative au détroit d'Ormuz : le pipeline Est-Ouest qui relie les champs pétroliers d'Arabie saoudite au port de Yanbu sur la mer Rouge. Ce pipeline peut acheminer 7 millions de barils par jour, mais il reste vulnérable aux attaques de drones.
La question se pose également concernant le détroit de Bab al-Mandab, où les Houthis pourraient s'en prendre aux navires. Dans The New Yorker, Sudarsan Raghavan rappelle que "les Houthis restent dangereux" et ont "resserré leur contrôle sur le Yémen". Ils pourraient constituer une carte que Téhéran se réserve d'abattre en cas d'entrée en guerre des États du Golfe.
Contrairement aux autres proxies de l'Iran comme le Hezbollah, les Houthis ne dépendent pas complètement de l'Iran et se procurent des armes en Chine et dans la Corne de l'Afrique. Ils ont toujours privilégié leurs propres intérêts sur ceux de "l'Axe de la Résistance" entretenu par la République islamique.



