Un rapport de trois pages adressé au procureur de la République de Nice dénonce l'utilisation privée d'agents municipaux par le couple phare de l'ancienne municipalité : Anthony Borré, ex-premier adjoint, et son épouse Véronique Borré, vice-présidente de la Région Paca.
Des accusations de passe-droits et copinages
Un document de trois pages rédigé le 28 mai dernier par un groupe de policiers municipaux de Nice a été envoyé au procureur de la République, à la présidente du tribunal administratif, à la chambre régionale des comptes, au préfet des Alpes-Maritimes et à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Ces lanceurs d'alerte dénoncent un système présumé de passe-droits et de copinages, des faits susceptibles de relever de « détournement de fonds publics, abus d'autorité et prise illégale d'intérêts ».
Des agents détournés de leurs missions
Selon les auteurs du signalement, deux agents de la police municipale de Nice ont été sortis de leurs missions de sécurité publique pour servir de « chauffeurs personnels » au couple Borré, « sept jours sur 7 », effectuant « trajets personnels, courses », tout en étant officiellement « inscrits sur le tableau des effectifs de la police municipale ». Le tout payé à 100 % « sur les deniers de la police municipale ».
Une caméra de surveillance devant le domicile
Les policiers affirment que le domicile privé du couple, situé sur les collines niçoises, a fait l'objet d'une surveillance ciblée par « une caméra de voie publique ». « Ils avaient fait installer une caméra nomade devant chez eux », détaille une source bien informée.
Une promotion jugée frauduleuse
Le dossier s'attaque également à la nomination de Sarah B. au grade de directrice, qualifiée de « frauduleuse ». Selon le Code des communes, pour monter en grade par nomination, un agent doit avoir été grièvement blessé en service ou s'être illustré par un acte de courage. Les auteurs du signalement affirment que cette proche du couple Borré ne remplit aucune de ces conditions et dénoncent du « favoritisme ». « Le préfet [Hugues Moutouh, à l'époque] a autorisé la promotion sur un dossier qui ne comportait que des mensonges », éclaire une source.
La réponse d'Anthony Borré
Anthony Borré répond point par point aux accusations. Concernant les chauffeurs, il explique : « Au regard de l'amplitude de mes délégations, deux chauffeurs ont été mis à ma disposition. Un par semaine, pour respecter le droit du travail. Ces missions ont toujours été réalisées dans le strict cadre de mes fonctions publiques, y compris lors de déplacements liés à des interventions ou à des situations d'urgence. » Il précise que les arrêts pour courses étaient occasionnels et ne sauraient être assimilés à une utilisation personnelle des moyens publics. Il insiste : « Ces deux agents ont été détachés de la police municipale et intégrés au dispositif de chauffeurs de la Métropole. Leur activité n'avait donc aucun impact sur le budget de la police municipale. »
Au sujet de la caméra, l'ex-premier adjoint affirme qu'elle a été posée à proximité de son domicile en raison d'une série de cambriolages, avant même qu'il n'y habite, et maintenue en raison de consignes nationales visant à renforcer la protection de certains responsables publics particulièrement exposés. « C'est dans ce cadre que des caméras ont été installées ou maintenues dans plusieurs lieux sensibles, comme à proximité du domicile ou des permanences d'élus faisant l'objet de menaces », explique-t-il, rappelant avoir lui-même fait l'objet de menaces après la fermeture administrative d'un commerce à La Madeleine.
Enfin, pour la nomination de Sarah B., il est inexact, selon lui, de présenter cette nomination comme résultant d'une décision de la collectivité. Plusieurs dossiers avaient été présentés au préfet des Alpes-Maritimes. « Un seul a été retenu, sur la base notamment d'un acte de bravoure qui avait fait l'objet d'une couverture médiatique dans la presse locale », jure Borré.
Enquête préliminaire pour le couple Estrosi
Ce signalement rejoint un autre datant d'octobre 2023 visant Christian Estrosi et son épouse Laura Tenoudji, pour leur utilisation des chauffeurs de la Ville à des fins supposées privées. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nice pour « recel de détournements de fonds publics ». Plusieurs chauffeurs ont déjà été auditionnés. Dans ce précédent courrier, le couple Borré était également ciblé.



