La présidente de la Communauté d'agglomération de la Riviera française (Carf) et maire de Menton, Alexandra Masson, a adressé une mise en demeure au titulaire du marché de collecte de textiles, après la fermeture unilatérale d'une cinquantaine de bornes dans l'est des Alpes-Maritimes. Cette décision, prise selon elle sans autorisation, menace la continuité du service public et suscite l'inquiétude des associations humanitaires locales.
Une fermeture massive qui alerte les associations
La semaine dernière, les associations de solidarité de la Riviera française ont tiré la sonnette d'alarme : environ la moitié des points d'apport volontaire de textiles, principalement situés dans le haut pays, ont été fermés. Les bénévoles, déjà submergés par les dépôts sauvages, craignent d'être débordés. À Menton, l'Aide humanitaire des sapeurs-pompiers 06 reçoit près d'une tonne de vêtements par semaine, dont une partie, de mauvaise qualité, ne peut pas être recyclée.
Les éco-organismes chargés de la valorisation textile dans l'est du département limitent de plus en plus leurs déplacements, aggravant la situation. Les associations avaient exprimé leur détresse dans nos colonnes, dénonçant des « tas partout » et un manque de solutions.
La Carf se dit mise devant le fait accompli
Dans un communiqué, Alexandra Masson a tenu à clarifier la position de l'agglomération. « La crise que traverse aujourd'hui la filière textile constitue une réalité nationale. La saturation des centres de tri, l'effondrement des débouchés de valorisation des textiles usagés et les difficultés économiques rencontrées par de nombreux opérateurs affectent l'ensemble de la filière sur tout le territoire français », explique-t-elle. Toutefois, elle dénonce l'attitude du prestataire : « Le titulaire du marché a, de sa propre initiative, rendu inaccessibles plusieurs bornes de collecte sans autorisation préalable de la Communauté de la Riviera française et sans information suffisante des communes concernées. »
L'élue ajoute que le prestataire a également demandé une augmentation significative de sa rémunération et n'a pas reversé les recettes dues pour l'année 2025. « Ces décisions unilatérales constituent des manquements graves aux obligations contractuelles et portent directement atteinte à la continuité du service public ainsi qu'à la qualité du service rendu aux habitants », insiste-t-elle.
Une mise en demeure et des menaces de sanctions
Face à cette situation, la Carf a adressé une mise en demeure au titulaire du marché, exigeant qu'il respecte ses engagements, remette en service les bornes retirées, assure la continuité de la collecte et régularise sa situation financière. « À défaut de régularisation, la Communauté de la Riviera française prendra toutes les mesures nécessaires prévues par le marché, y compris l'application des pénalités contractuelles, la résiliation du contrat aux torts exclusifs du titulaire ainsi que toute action permettant d'obtenir réparation des préjudices subis par la collectivité », prévient Alexandra Masson.
En parallèle, l'agglomération « poursuit activement toutes les démarches permettant de garantir la continuité du service public et de limiter les conséquences de cette crise ». La présidente conclut : « Les difficultés économiques d'une filière ne peuvent justifier des décisions unilatérales qui pénalisent les habitants, les communes et les associations du territoire. La Carf continuera à répondre en toutes circonstances à ses obligations, en veillant au strict respect des contrats conclus avec ses prestataires. »
Une crise nationale du recyclage textile
Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de crise du secteur de la valorisation textile en France. Les centres de tri sont saturés, les débouchés s'effondrent et de nombreux opérateurs rencontrent des difficultés économiques. La fermeture des bornes dans l'est des Alpes-Maritimes n'est qu'un exemple des conséquences locales de cette crise nationale, qui touche également l'emploi dans la filière.
Les associations humanitaires, qui dépendent de ces collectes pour aider les plus démunis, espèrent que la mise en demeure portera ses fruits et que les bornes seront rapidement rouvertes. En attendant, elles continuent de recevoir des dons, mais peinent à les gérer, faute de solutions de recyclage adaptées.



