Estrosi galvanisé par l'adversité à Nice
19 767 pas ! C'est le nombre de pas qu'a effectué Christian Estrosi en une seule journée de campagne. Le maire sortant de Nice, candidat à sa réélection, a troqué chemise et cravate contre un tee-shirt sous sa veste bleu marine. Accusant un retard de plus de 12 points sur son rival Éric Ciotti au premier tour, et privé du soutien de la candidate de gauche Juliette Chesnel-Le Roux qui refuse de se désister, sa victoire semble mission impossible. Pourtant, Estrosi paraît galvanisé par l'adversité, tel un compétiteur sportif.
Une campagne physique et déterminée
Il continue de courir tous les matins à l'aube et a récemment gravi le col d'Èze à vélo avec une caméra embarquée pour répondre aux questions d'un journaliste en pédalant. « Je gambade, ces moments de campagne, ce sont les plus fantastiques », assure-t-il. « La plupart des Niçois que je croise me disent qu'ils n'arrivent pas à imaginer que je ne sois plus leur maire ».
Des accusations cinglantes contre ses adversaires
Estrosi toise ses deux adversaires. Face à Éric Ciotti, l'ancien président de LR qui a créé son propre parti, l'UDR, il dénonce une alliance masquée avec le Rassemblement national. Il qualifie désormais son ancien adjoint de « lieutenant de Le Pen » et tente de minimiser son score : « Si Ciotti s'était présenté avec l'étiquette LR, il n'était pas à 43 % mais à 22/23 % ».
Côté gauche, il vilipende Juliette Chesnel-Le Roux, « cette petite candidate de province sans conviction aucune », et sa patronne, Marine Tondelier, cheffe de file des écologistes. « Marine Tondelier a donc choisi clairement de soutenir le Rassemblement national », tonne Estrosi. « Si je perds, elle portera à jamais la responsabilité d'avoir fait basculer la cinquième ville de France dans le giron de l'extrême droite. Elle n'a plus d'avenir politique à partir d'aujourd'hui ».
Un enjeu national suivi de près
L'élection est scrutée au niveau national. Emmanuel Macron a apporté son soutien républicain à Estrosi par téléphone, tout comme Manuel Valls. Le candidat est en relation constante avec Édouard Philippe, dont il est le vice-président du mouvement Horizons. Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand suivent l'élection niçoise avec attention.
« Si Éric Ciotti est élu, l'union des droites est confortée, et la droite, le centre-droit, tout explose », avertit Christian Estrosi. « Il y a un risque que d'ici la présidentielle la moitié des élus LR quitte le navire. Et c'est vrai pour Horizons, Renaissance, le MoDem. La bataille de France se joue ici, à Nice, pas à Paris. Moi, ça me dope ! ».
Une stratégie pour combler l'écart
Sur le papier, le défi paraît colossal, mais Estrosi affirme avoir des réserves de voix. « C'est Ciotti qui a zéro réserve. Il est arrivé au taquet. Moi, il faut que je gagne 15 000 voix », explique-t-il. Il compte sur les 100 000 abstentionnistes et sur les électeurs de gauche mécontents du refus de barrage républicain.
L'affaire de « la tête de porc », découverte sur le portail de sa résidence, a perturbé le premier tour, mais Estrosi estime que cela pourrait tourner à son avantage après un communiqué clair du procureur.
La chasse aux voix décisives
À quelques jours du second tour, le camp estrosiste mène une chasse active aux abstentionnistes. « On pointe les noms, on les appelle, et ceux qu'on n'arrive pas à joindre, on va les voir chez eux », détaille le candidat. « 15 000 voix, ce n'est rien ! ».
Il se souvient des régionales de 2015, où il était loin derrière Marion Maréchal au premier tour mais a finalement gagné avec 55 % des voix. « Cela va se jouer à très peu de voix », lance-t-il. « Je vais gagner. Mais si d'aventure je suis battu, je n'aurais pas de regrets car j'aurais tout donné ».
Quoi qu'il en soit, ce collectionneur d'objets napoléoniens a en tête la bataille de Marengo, « perdue à 15 heures et gagnée à 20 heures », à l'approche du scrutin décisif pour Nice et son avenir politique.



