Démissions en bloc à Saint-Jean-d'Angle : les élus battus refusent l'opposition
Certains élus, en poste depuis vingt-cinq ans, pensaient pouvoir se représenter sans difficulté sur la liste de Carole Torchut. Ils n'ont pas supporté d'être relégués dans l'opposition et ont démissionné collectivement. Serait-ce une nouvelle tendance ? Alors que Tony Loisel, évincé à la mairie d'Aytré dès le premier tour, a mis fin à sa carrière politique immédiatement après l'annonce des résultats le 15 mars, un scénario similaire se déroule à Saint-Jean-d'Angle. Comme lui, Frédéric Doizy a essuyé une défaite avant de s'emporter. Mais ici, ils ont été neuf à démissionner en bloc. Des mauvais perdants, mais avec panache.
Un désir de renouveau chez les électeurs
« J'ai essayé de les dissuader, par respect pour leurs électeurs, mais ils ne veulent pas être dans l'opposition. Dès lundi matin, j'ai reçu les démissions que j'ai transmises au préfet. C'est inédit, mais c'est Saint-Jean-d'Angle. Au sud de l'Agglo de Rochefort, on est chaud », plaisante un peu Michel Durieux, maire depuis 2014 qui ne se représentait pas et qui avait aidé à monter la liste.
L'équipe Vivre ensemble à Saint-Jean-d'Angle (sans étiquette) alignait huit sortants et sept nouveaux. « On se donnait six ans pour faire la transition », raconte Alain Martin (en 3e place de la liste), qui briguait un cinquième mandat. « On pensait gagner, évidemment, on avait fait du très bon travail », lâche ce natif de la commune où son père fut élu avant lui. Trop sûrs d'eux peut-être, ce camp a fait campagne comme s'il était seul dans la course, ne comprenant pas que les 458 électeurs voulaient du neuf.
L'émergence d'une nouvelle équipe
Carole Torchut, éleveuse de chèvres de 49 ans, était bien placée dans sa boutique de fromages pour entendre des critiques sur la longévité du pouvoir côté mairie. Elle n'avait jamais pensé se présenter un jour, mais elle a commencé à faire marcher son carnet d'adresses. « Mes contacts ont fait pareil et on a fini par réunir du monde. Au début, on est resté discret pour ne pas semer le bazar dans le village », explique celle qui sera installée dans le fauteuil de maire ce vendredi 20 mars à 20 h 30.
Entre candidats qui apprennent à se connaître en deux mois, l'équipe Ensemble à Saint-Jean-d'Angle (SE) a mené « une campagne au contact des électeurs. En mal d'animations depuis la quasi fin du comité des fêtes, ils avaient envie de se retrouver. Ils disaient : 'on ne vous connaît pas, mais on va essayer', tellement ils voulaient que ça change », raconte une colistière.
Un écart significatif et ses conséquences
Parole tenue : la liste de Carole Torchut a enregistré 50 voix d'avance. « On pensait que ce serait plus serré », dit la nouvelle élue. Pour Alain Martin, « l'écart énorme est une sanction, les Anglois en ont marre de nos tronches, dont acte ». Impossible d'être opposant avec trois sièges, pour lui comme pour Frédéric Doizy : « C'est désobligeant, mais c'est le jeu démocratique. »
Dans leur sillage, quatre hommes et trois femmes ont claqué la porte, dont Félix Papin : « Ce n'est pas la peine de siéger si on doit se tirer la gueule. » En revanche, leur n°2, Gwenaëlle Laporte, garde son siège : « à opposition, je préfère collaboration, on pourra s'entendre », confie celle qui déplore ces départs en cascade « de la part d'élus expérimentés qui auraient pu aider le nouveau Conseil ». À ses côtés, deux autres colistières, placées au départ en 5e et 12e positions sur la liste, ont choisi de rester aussi.
Carole Torchut, qui s'appuiera sur l'ensemble des 14 élus, s'est déjà rapprochée de maires voisins et n'oubliera pas son premier métier de comptable pour que vive Saint-Jean-d'Angle. Les résultats du premier tour sont disponibles sur notre site.



