David Lisnard en campagne : entre terrain local et ambitions nationales
Au volant de sa vieille Lexus – une voiture de 17 ans achetée d'occasion –, David Lisnard parcourt les routes de la Méditerranée. L'habitacle résonne des accords pop-rock de ses CD favoris : Ramones, The Clash, Hendrix, Motörhead, Feu ! Chatterton, et bien d'autres. Cette passion musicale, il la cultive avec la minutie d'un collectionneur. Si le paysage invite à la contemplation, le maire de Cannes n'est pas en road-trip touristique. Il vient de plonger tête la première dans la campagne municipale pour les élections de 2026, avec un premier tour prévu le 15 mars.
Un score historique mais aucune assurance
Réélu en 2020 dès le premier tour avec plus de 88 % des suffrages face à quatre listes, on pourrait croire que David Lisnard aborde cette nouvelle échéance en position de force. Mais le quinquagénaire fougueux rejette cette idée avec véhémence. « Les 88 % de 2020, c'était un score atypique et anormal, observe-t-il. Jamais aucun maire de Cannes auparavant n'avait été élu au premier tour. Il n'y a jamais de stock de voix. En politique, rien n'est jamais acquis. On repart de zéro. Et le contexte national perturbe les élections locales. »
Le terrain politique actuel lui semble aussi instable que des sables mouvants. Ainsi, malgré son bilan, il affirme devoir reconquérir chaque électeur, en commençant par le quartier populaire de La Bocca, où il a installé son quartier général de campagne. Ce secteur de 30 000 habitants, sur les 75 000 que compte Cannes intra-muros, est aussi courtisé par le Rassemblement National.
Un QG de campagne au cœur d'un projet de requalification
Sa permanence de campagne, inaugurée le 9 février 2026 à Cannes La Bocca, se situe au cœur d'une vaste opération de requalification immobilière dont il est fier. Le projet inclut un nouveau parking de 374 places avec stationnement gratuit, de nouvelles halles, et un jardin de 3 000 mètres carrés planté de 174 arbres. Mais cette modernisation s'accompagne d'un dispositif de sécurité renforcé : plus de 70 caméras de vidéosurveillance y seront déployées.
La sécurité est d'ailleurs un de ses credo principaux. Il s'enorgueillit de disposer du réseau de vidéosurveillance le plus dense de France, avec une caméra pour 76 habitants. « Que l'on me donne le pouvoir en tant que maire d'expulser les familles de délinquants, et vous verrez. Virer les voyous des HLM, c'est permettre aux gens bien de se loger ! », martèle-t-il.
Un discours offensif et des marottes lisnardiennes
Devant ses partisans, lors de l'inauguration de sa permanence, son discours est offensif, lancé au son de « Passenger » du groupe post-punk Siouxsie and the Banshees. Il y décline ses priorités : la sécurité, le civisme – « Chacun pense et croit à ce qu'il veut à condition qu'il respecte le drapeau français » –, la culture et l'éducation – il a promu l'enseignement du latin et du grec dans les écoles –, et la lutte contre les dérives bureaucratiques.
« L'État n'a pas été créé pour nous dire combien de fruits et légumes nous devons manger par jour ou pour expliquer comment nous devons éduquer nos enfants, mais pour assurer l'autorité régalienne, sur la sécurité intérieure et extérieure », assène-t-il. Son mouvement politique, baptisé « Nouvelle Énergie », reflète cette volonté de rupture.
Entre ancrage local et ambitions nationales
David Lisnard, maire de Cannes depuis 2014 et président de l'Association des maires de France depuis quatre ans, insiste sur son attachement au mandat municipal. « Ce qui me passionne, c'est l'action concrète, l'exécution, savoure-t-il. J'adore le mandat municipal qui est le seul à permettre de poser une vision et de la réaliser en lien direct avec les habitants. J'ai refusé plein de propositions au gouvernement, au Sénat parce que je voulais rester maire à plein temps. Mon moteur, c'est de transformer le quotidien. »
Pourtant, ses ambitions nationales sont évidentes. Il se défend de toute contradiction : « Pourquoi un maire n'aurait-il pas le droit d'avoir une ambition nationale alors qu'on ne pose pas la question aux parlementaires ou aux technocrates ? Ma singularité, c'est d'apporter la voix du terrain – celle des commerçants, des artisans, des maires – dans le débat national. Pour Cannes, avoir un maire dont la voix porte à Paris est un atout majeur. »
Préparer l'avenir : municipales 2026 et au-delà
Pour les municipales, il affrontera une liste d'union de la gauche conduite par le socialiste Michel Hugues et une liste RN menée par Lucas Mussio. Ce dernier souligne que le RN, absent en 2020, a réalisé plus de 46 % aux dernières législatives, signe d'une « demande pour l'alternance ».
David Lisnard bénéficie du soutien d'Éric Ciotti, qui explique : « Nous travaillons ensemble depuis 2008 au département, j'éprouve de l'amitié pour lui, c'est un élu de grande qualité. » Ce soutien local n'empêche pas le maire de Cannes de regarder vers l'horizon présidentiel de 2027.
« Les données sont claires pour 2027 : on ne peut plus aller directement en demi-finale, constate-t-il. Il y a une multitude de candidatures prêtes à séduire l'électorat de la droite et du centre, et personne ne se détache. Il faut donc que nous organisions un quart de finale. » Il plaide pour une large primaire, des centristes de l'UDI à Reconquête, afin de rassembler et éviter la dispersion des voix.
Concentré sur les échéances locales, David Lisnard présentera son projet le 19 février à La Licorne, forte « d'un bilan solide et d'une équipe soudée ». Mais dans sa vieille Lexus, entre deux meetings, la musique des Clash continuera de résonner, symbole d'une campagne qui ne manque pas d'énergie.



